Daniel Bensaïd sur Mai 68. (1)
envoyé par E_varlin
Daniel Bensaïd parle de Mai 68 pendant la conférence nationale des jeunes pour un nouveau parti anticapitaliste. Partie I
Le capitalisme, c’est la crise ! Crise sociale et crise écologique se confondent, faisant les pauvres non seulement de plus en plus pauvres mais aussi de plus en plus victimes des catastrophes environnementales et des pollutions toujours plus importantes. Après avoir détruit une partie de notre environnement, la folle course au profit menace désormais les équilibres de la planète. Celle-ci traverse une crise écologique sans précèdent à cause des conséquences désastreuses d’un système économique et énergétique basé sur les énergies fossiles, le gaspillage, l’utilisation de technologies dangereuses et l’absence de principe de précaution. La pollution et la destruction engendrées par le productivisme capitaliste croissent et s’étendent au même rythme que la folle course au profit dans laquelle les multinationales, les banques, les fonds d’investissement ont engagé la planète entière.
Ces crises inédites ne peuvent qu’aller en s’amplifiant :
Les combattre, c’est remettre en cause le capitalisme. Les partis politiques qui défendent ce système et qui en même temps prétendent protéger l’environnement sont au mieux inconséquents, au pire hypocrites. L’exercice de tartufferie auquel s’est livré Nicolas Sarkozy lors du Grenelle de l’environnement ne doit pas créer d’illusions quant au vernis vert de ce gouvernement : sitôt les micros des journalistes éteints, ce sont les industriels du pétrole, du nucléaire, de l’agrobusiness, les défenseurs du transport routier et des OGM qui ont repris le pouvoir pour qu’au final tout continue comme avant. De son côté, la gauche traditionnelle, qui refuse de s’en prendre aux causes profondes des pollutions, n’est pas en capacité de mettre en œuvre un programme réellement écologiste.
Quant aux Verts, leur participation croissante aux rouages de la cogestion sociale-libérale leur fait accepter nombre de compromis, y compris en matière environnementale, les empêchant d’être porteurs d’une écologie radicale. Il y a pourtant urgence, comme le montrent les nombreuses luttes écologistes. Mais celles-ci restent souvent locales et isolées. Il s’agit aujourd’hui de les développer (contre le tout nucléaire, l’implantation des OGM en plein champ, la poursuite des projets autoroutiers, pour la défense du transport ferré, le maintien d’une agriculture paysanne, le droit à la santé, pour la défense du climat, pour la préservation de la biodiversité…), mais aussi de travailler à leur convergence. Car si chacune d’elles renvoie à des problèmes spécifiques, elles sont toutes dues à un même système, à une même politique, celle qui fait passer les profits avant la défense de l’environnement. Il manque cruellement un outil qui aide loyalement à une telle convergence, sans chercher à instrumentaliser ces luttes, un outil qui soit aussi capable d’imaginer qu’un autre monde est possible, qu’une société débarrassée de la marchandisation et respectueuse des équilibres naturels peut et doit advenir. Ce projet de société nécessite des bouleversements radicaux de nos modes de production, de transports, mais aussi de consommation et de comportement. Cela implique une transformation profonde, et de démocratiquement élaborée, de l’appareil productif et énergétique. Des ruptures d’ampleur sont donc nécessaires:
Rupture avec la politique des transports de marchandises et de passagers, qui actuellement exploite autant les salariés qu’elle détruit l’environnement.
Rupture avec la politique énergétique qui, pour favoriser les profits des quelques multinationales du secteur, freine toute possibilité de sobriété et de recours massif aux énergies renouvelables, se lance dans une fuite en avant nucléaire, et devient un facteur de guerres dans de nombreuses régions du monde.
Rupture avec la politique industrielle qui n’hésite pas à mettre la vie des salariés et des populations en danger à cause des pollutions et des productions dangereuses et bien souvent inutiles.
Rupture avec la concurrence et les rivalités impérialistes, nationalistes qui rendent dérisoires les prétentions à lutter contre le changement climatique en particulier pour une politique internationaliste fondée sur la coopération des peuples.
Rupture avec la politique agricole qui sacrifie chaque année des milliers de petits paysans, au Nord et au Sud, tout en polluant les sols et les rivières, en minant la biodiversité, et en désertifiant les campagnes .
Rupture avec les politiques de pillages des richesses des pays du Sud par les puissances industrielles .
Rupture avec la politique d’aménagement du territoire et d’urbanisme qui tend de plus en plus à concentrer les populations dans les grandes villes, provoquant des problèmes environnementaux nouveaux et des difficultés supplémentaires dans la vie quotidienne.
Rupture avec les modes de consommation qui organisent le gaspillage, la non-durabilité des produits et transforment chacun d’entre nous en cibles publicitaires.
Rupture avec une politique économique au service de la production pour la production, gouvernée par le profit, sans souci de la satisfaction des besoins sociaux et des équilibres écologiques.
Nous sommes nombreux et nombreuses à vouloir cet outil :
un parti utile aux luttes, un parti pour la transformation sociale et écologiste de la société, car rompre avec le capitalisme ne suffit pas. Il faut aussi tirer les leçons du productivisme désastreux qu’a connu l’ex-bloc des pays de l’est.
Nous avons donc besoin d’un parti anticapitaliste qui ne peut qu’être radicalement écologiste.
Un parti qui mette au cœur de son programme la défense de l’environnement et la sauvegarde de la planète.
A tous ceux et toutes celles qui pensent que l’écologie ne peut se satisfaire de repeindre en vert le capitalisme.
A tous ceux et toutes celles qui veulent conjuguer au présent luttes sociales et luttes écologistes.
A tous ceux et toutes celles qui ne se satisfont pas des demi-mesures et des compromis ne visant qu’à ménager le système.
Nous disons « Il est temps de prendre parti », pour décider, agir et construire ensemble un parti anticapitaliste et écologiste.
Défendons Rodolphe, victime de la répression policière
Le mouvement contre la suppression des postes et toutes les mesures de destruction de l’Education Nationale a pris ces dernières semaines de l’ampleur avec l’arrivée massive des lycéens dans la mobilisation. Lors de la manifestation parisienne du jeudi 3 avril 2008 La police, sans doute dépassée par une mobilisation spontanée des élèves rejoignant la mobilisation unitaire des enseignants, a procédé à des provocations et à des arrestations arbitraires. « Rodolphe Juge, enseignant au Lycée Denis Papin à la Courneuve (93), militant de la CGT-Educ’Action, qui avait encadré la manifestation, a été arrêté par la police avec 5 autres manifestants. Conduits au commissariat de police du VIIe arrondissement, ils ont été placés en garde à vue. La CGT s’élève contre l’arbitraire des forces de l’ordre et la répression anti-syndicale ».
Notre camarade, plusieurs témoignages l’attestent a été arrêté arbitrairement et sans aucune raison. La forte mobilisation du vendredi 4 avril devant le
Palais de Justice de Paris a permis sa libération mais il reste accusé de « violences volontaires », l’affaire a été renvoyée au jeudi 17 avril. Nous vous appelons à un rassemblement et
au dépôt des pétitions devant le Palais de justice de Paris La répression contre les lycéens et les personnels ne saurait constituer un mode de gouvernement. La mobilisation de la jeunesse sur
son avenir mérite qu’on réponde sur le fond, sur les revendications.
Les établissements de soins d’Hauteville sont menacés de fermeture à plus ou moins proche échéance. Un « embryon de collectif » s’est constitué pour tenter d’empêcher ces fermetures. La première décision de ce collectif a été d’organiser une journée d’action le samedi 10 mai 2008 à Hauteville (je vous ferai parvenir le programme dès qu’il sera définitivement rédigé).
Pour l’instant, sont associés à cette journée : FO, SUD, ATTAC plus 2 ou 3 associations d’Hauteville (dont j’ai oublié le nom).
La modernisation à la mode Sarkozy : une régression sociale généralisée !
Nicolas Sarkozy a présenté, le 2 avril dernier, son plan de « modernisation de l’Etat » pour, selon lui, rétablir l’équilibre des comptes publics. Les 140 réformes présentées doivent donc permettre une économie d’environ 7 milliards d’euros d’ici 2011. L’argument est toujours le même : les caisses publiques sont vides et donc il faut faire des économies ! Et cela, quatre mois après avoir donné 15 milliards de cadeaux fiscaux aux plus riches.
Les mesures sont diverses et variées : de la création des agences régionales de la santé à la fusion d’une trentaine de structures d’administrations centrales, les premières victimes de ces « économies » sont les services publics, qui vont subir un plan brutal de 35 000 suppressions de postes.
Comme il l’avait promis pendant sa campagne,
Nicolas Sarkozy confirme dans son discours le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite. Il veut même en faire une règle intouchable. Il a, en plus, le culot d’assurer que ce « plan social », profitera aux salariés de la fonction publique, eux mêmes, alors qu’ils vont voir leurs conditions de travail se dégrader et qu’ils sont confrontés à l’incertitude sur leur avenir.
Tous les secteurs, comme ceux de la santé, de la justice ou de l’éducation nationale sont attaqués. Dans l’éducation nationale, par exemple, avec près de 100 000 enseignants en moins depuis 2002, 12 000 cette année et sans doute 16 000 en moins en 2009, c’est bien un véritable plan de démantèlement du service public qui est à l’œuvre.
Ces « économies » vont mettre à mal le fonctionnement de l’ensemble des services publics et désertifier encore plus certaines régions et quartiers de toute présence sociale.
Elles vont, de plus, aggraver le chômage, en particulier chez les jeunes. Ne pas remplacer un départ en retraite sur deux dans la fonction publique, c’est autant de jeunes laissés sans emploi.
La défense de l’hôpital public, d’un service public de l’emploi ou de l’école ne concerne pas les seuls fonctionnaires, mais les usagers que nous sommes toutes et tous.
C’est cette voie que suivent les lycéens, les parents et les profs qui se retrouvent ensemble contre les suppressions de postes, ou les parents et le personnel qui occupent des écoles contre les fermetures de classes. Sarkozy nous affirme qu’il n’y a pas d’argent pour les services publics, et il en trouve pour envoyer 1000 soldats supplémentaires en Afghanistan. Les rémunérations des dirigeants du CAC 40 explosent, tout comme les revenus des actionnaires. La France n’a jamais été aussi riche, mais les richesses n’ont jamais été aussi mal réparties et les inégalités aussi importantes. Quand il détruit ce qui reste de service public, c’est bien pour « réformer » radicalement la société. C’est le choix d’imposer une société encore plus inégalitaire, encore plus injuste, encore plus dure pour les plus pauvres, les plus vulnérables, les malades… Face à ce choix de société, nous devons opposer un autre choix de société et une autre répartition des richesses pour financer des services publics en prenant sur les profits !
Toute la gauche sociale et politique dénonce la régression sociale généralisée et la casse des services publics. Mais les dénonciations ne seront pas suffisantes. Il est urgent de mettre en place une riposte unitaire, car ce n’est que sur le terrain des luttes qu’on pourra faire reculer le gouvernement Sarkozy-Fillon.
Communiqué de presse du 28 mars 2008
L'arrêt de travail est un outil thérapeutique
Ne le laissons pas détruire
L’arrêt de travail est un des remèdes, parfois le seul, dont disposent les soignants face à la maladie. Les
indemnités journalières (IJ) sont un revenu de remplacement qui permet aux assurés malades de s’arrêter dans des conditions parfois tout juste acceptables pour eux et leur famille
1.
L’arrêt de travail est pourtant aujourd'hui l'objet d'une offensive généralisée :
- Nos dirigeants parlent d'
abus et de fraudes, termes relatés à longueur de médias et qui conditionnent l'opinion publique et culpabilisent les assurés malades.
- Depuis la loi de « réforme » de l’Assurance maladie de 2004, un des éléments conventionnels conditionnant les augmentations tarifaires des médecins est la baisse de prescription des arrêts de travail.
- Le Parlement vient d’autoriser la suspension des IJ, payées par l’Assurance maladie, sur le seul avis des médecins contrôleurs payés par l’employeur.
- Et maintenant, c’est le Haut Conseil pour l’Avenir de l’Assurance maladie qui s’y met
2. Il reconnaît lesinsuffisances de versement d’IJ pour les arrêts de longue durée, mais pour les financer il propose de baisser les IJ des arrêts de durée plus courte et de supprimer la défiscalisation des IJ versées dans le cadre des Affections de Longue Durée. Il lance même l’idée de transférer à l’employeur, qui serait ainsi juge et partie, le rôle d’indemniser les premières semaines d’arrêt maladie…
- Dans les mois qui viennent, est prévue une expérimentation de télétransmission des arrêts de travail courts, qui ne représentent pourtant que 5 % des dépenses, ce qui risque d'accroître le marché florissant de la contre-visite patronale. Cette offensive contre les arrêts de travail est une offensive contre l'ensemble des citoyens, mais surtout contre ceux qui ont les conditions de travail les plus difficiles. De surcroît, elle survient dans un contexte inquiétant où
travailler peut nuire gravement à la santé3. Si les ouvriers ont plus de jours d’arrêt de travail que les cadres4 ils sont aussi déjà victimes d’une double peine : ils meurent plus tôt, et sont plus longtemps handicapés que
ceuxci5. Citoyens et soignants doivent
s’unir pour défendre l’outil thérapeutique qu’est l’arrêt de travail et une meilleure indemnisation de celui-ci.
1 Le « plan français de Sécurité Sociale de 1945 » précise : « Quelle que soit la cause de l’interruption de travail, la Sécurité sociale suppose qu’il est paré aux
conséquences de cette interruption par l’attribution d’un revenu de remplacement ».
2
http://www.securite-sociale.fr/institutions/hcaam/avis/avis.htm <http://s3s.fr/l/5WAbFVubH4/orange.fr/m.kayser.html>
3
Titre du livre d'Annie Thébaud Mony, sociologue, directrice de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche
(INSERM), spécialiste des questions de santé au travail - Ed. La Découverte - février 2007.
4
DREES- Etudes et résultats - N° 418 .juillet 2005 - Les interruptions d’activité pour raisons de santé au cours de la vie
professionnelle
: <http://www.sante.gouv.fr/drees/etude-resultat/er418/er418.pdf>
5
Emmanuelle Cambois, Caroline Laborde, Jean-Marie Robine, Population et sociétés- N°441, janvier 2008,
<http://www.ined.fr/fr/ressources_documentation/publications/pop_soc/bdd/publication/1341/>