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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 20:50

 

 

Une femme s'agite dans l'artère infréquentée. Elle pénètre  dans sa voiture et s'en extirpe à plusieurs reprises.  Le surprenant agissement se met en place petit à petit. Lorsque la porte se referme bruyamment, un clebs se manifeste , s' ébat puis décampe. Inquiétés par le barouf, des groupes de volatiles s'éparpillent sur les toitures.

 

Tout à coup, la femme et la bestiole bondissent sur l'accotement et se laissent absorber par un immeuble. Durant un bref laps de temps la voie respire mais déjà le clébard ressurgit suivi par sa maîtresse. Dans leurs traces un homme suit.

 

La nana est mince, serrée dans une pelisse foncée, en équilibre sur des chaussures trop escarpées. Une écharpe outre-mer navigue sur ses épaules. Dans le bistre terne de l'hiver, l'écarlate de sa lippe et le bleu tapageur de l'écharpe s'en donnent à cœur joie.    

 

L'homme la regarde gambiller . Il est relax. Il se marre de la mater au milieu du macadam, en pleine gymnastique de mise en train, comme quand elle dégage du pieu. Elle aussi elle se fend la gueule. Le cercle rouge de ses badigoinces laisse voir ses chaillotes minuscules. A présent, c'est le clébard qui perturbe les ramiers. Il leur file le train. De loin en loin, il rapplique près du duo en jappant sa joie. Le gars rejoint la fille, lui dit un truc, l'emmène jusqu'à la bagnole, tire la lourde pour qu'elle puisse grimper. D'un mouvement plaisant, elle réunit les bas de son manteau et laisse libre cours à ses jambes. Le mâtin se rue sur le siège arrière. Dans la lueur du matin qui apparaît, le véhicule consent à  rouler jusqu'à destination.

 

C'est à cet instant que Mathilde soulève son postérieur de son siège. Elle regardait la saynète de sa fenêtre qu'elle ouvre . Elle se résout à arranger un peu  sa chevelure poivre et sel, dénoue la natte qui ondule dans son verso, procède à un brossage fastidieux, torsade le paquet sur sa dextre et fixe sur sa tête un chignon saboté. Face au miroir, indécise, elle amorce une grimace. Désagréable situation: ses guibolles sont pesantes, son intérieur navrant. Ça caille un maximum.  Elle est recroquevillée sous un tas de pulls et de maillots qui la rendent très grosse.

 

Les relations de la voisine ne l'ont guère passionnée jusqu'à présent mais ce mec avec son toutou collé aux baskets et son regard aux abonnés absents, l'intrigue.

Le kawa est fait . Mathilde s'en sert un gobelet et revient à la fenêtre. Elle le déguste son arabica. Le mec de l'autre côté de la rue occupe sa place habituelle, un peu caché par des carreaux dégueulasses.

Ça fait quinze jours qu'il est  comme ça, statufié, les quinquets  ailleurs depuis que sa gonzesse s'est tirée. Il pleuvait quand ça s'est produit. Elle était habitée par un courroux sans limites. Elle a sauté dans une voiture et le mec de l'autre côté de la rue est resté une plombe, planté comme un gland à se les geler en reluquant l'angle de la voie par où elle avait mis les voiles.

Mathilde avait eu une décennie pour se convaincre qu'ils n'étaient vraiment pas en harmonie, mais va lui raconter ça alors que depuis qu'elle s'est barrée il est en standby.

 

Quand elle était là c'était le purgatoire mais sa fuite c'est l'enfer pour le gus. Même si elle lui en a fait voir de toutes les couleurs. Elle sortait toujours sans lui. A présent, il aurait le loisir de voir du monde mais il n'a aucune compétence pour la vie sociale. Son univers se restreint au format de son ouverture sur la rue. Il ne reste que Mathilde dont la lourde enveloppe corporelle lui paraît le comble de la lasciveté et auprès de laquelle il pourrait s'assoupir comme un bienheureux lui que le sommeil a fuit depuis une éternité.

Celle qui partageait sa vie a décampé un jour sans crier gare avec sa pelisse et ses bagages sans même laisser un mot.

 

C'était inutile. Des mots , il y en avait eu des tombereaux. Ne restaient que les maux.Depuis il est derrière la fenêtre à observer la zone pour au cas où elle reviendrait. Ce serait l'horreur  mais l'horreur c'est toujours mieux que le tourment. C'est la nuit qu'il exècre le plus le libre choix sans sa femme.

 

Mathilde allume la radio pour s'entendre confirmer ce que son organisme lui raconte : elle est vieille, fatiguée et il fait un temps hivernal. Elle se recouche. Ce matin, c'est pas le sommeil qui la surprend mais le bruit d'une portière que l'on ferme d'une certaine façon suivi d'un sifflement d'appel d'un chien. Elle sait à qui appartiennent la stridulation et l'animal.

 

Claude Brozzoni, l'Abergement de Varey, janvier 2010.  

   

  La suite la semaine prochaine

  Toutes les droites pour „La Maldonne de Lugdunum“ appartiennent à son auteur (Claude Brozzoni).

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