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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 09:41

Sexe, genre et goupillon, le Moyen-âge à l’heure de la mondialisation

A travers ses multiples rebondissements, l’affaire DSK illustre une fois de plus, et quels que soient les faits, que, pour le monde politique et médiatique, seule comptent la parole de l’ex-Directeur Général du FMI et le souci de lui trouver des circonstances atténuantes. A droite comme à gauche, que de mépris pour la femme de chambre, et pour la femme tout court ! Que d’excuses pour la manifestation brutale d’un besoin sexuel pour peu qu’il soit le fait d’un homme de pouvoir face à une femme qui fait partie, en outre, des catégories les plus exploitées de la population !

La présidente du parti chrétien démocrate, Christine Boutin, qu’on voit le plus souvent la Bible à la main, a affirmé de façon appuyée sa solidarité avec Strauss-Kahn, après que la journaliste Tristane Banon a eu déposé contre DSK une plainte pour tentative de viol. « J'avoue que j'ai un peu la nausée de tout ça. Je préférerais qu'on arrête. L'affaire Banon qui tombe également... Enfin ça suffit, ça suffit, ça suffit! ». Et de saisir l’occasion des révélations qui ont semblé accuser la femme de chambre pour rappeler qu’elle avait été «  la première à dire qu'il était probablement tombé dans un piège  ».
On le savait déjà, les tenants de l’ordre moral ne sont pas les derniers à fermer les yeux sur les frasques des puissants de ce monde, tant il est vrai que le mariage qu’ils défendent a toujours eu comme complément la prostitution et l’adultère.
Les mêmes se sont déchaînés contre la proposition de loi émanant de députés socialistes d’« ouvrir le mariage aux couples de même sexe ». Celle-ci, examinée à huis clos à l’Assemblée nationale le 25 mai, a été finalement rejetée, sous les assauts en particulier de membres du courant de la Droite populaire, dont le chef de file, Laurent Wauquiez, se réclame d’une droite décomplexée. « Et pourquoi pas des unions avec des animaux ? Ou la polygamie », a ainsi lancé la députée UMP Brigitte Barèges. Christine Boutin s’est élevée « toujours contre le mariage homo, porte ouverte à l’adoption. L’intérêt de l’enfant est d’avoir un papa et une maman ». Et pour sa non légalisation, car « il y a des logiques qu’on ne peut pas arrêter. Quand il y a une faille dans une digue, la mer s’engouffre et la digue rompt. C’est la même chose. J’ai beaucoup d’amis homosexuels, et beaucoup ne réclament pas le mariage »
La même Christine Boutin, qui accumule nombre de titres en matière de profession des idées réactionnaires - consulteur du Conseil pontifical pour la famille au Saint-Siège en 1986, organisatrice avec d’autres de la « Marche pour la vie » en 1988, virulente pourfendeuse du PACS en 1998 à l’Assemblée - est aussi à l’origine, avec l’Association des Familles Catholiques, d’une pétition contre les nouveaux programmes de SVT (sciences de la vie et de la terre) de Première. La pétition dénonce « un programme offrant un panorama de la sexualité morbide et mortifère (contraception et contragestion)… une vision de la sexualité technique, où le corps est réduit à sa dimension matérielle, … une sexualité décrite comme proche de celle de l’animal » !
Diable ! Qu’est-ce qui peut bien, dans ces nouveaux programmes, élaborés par des enseignants soucieux de transmettre les derniers acquis scientifiques aux élèves de lycée, provoquer une telle panique ?
Simplement le fait qu’ils s’appuient sur la théorie du genre, c’est-à-dire la construction sociale de l’identité sexuelle et de l’orientation sexuelle, qu’ils dissocient la sexualité de la reproduction, qu’ils légitiment le plaisir sexuel comme un des éléments de l’épanouissement des êtres humains, et mettent en évidence ses mécanismes. De quoi évidemment faire frémir d’horreur les curés de toute obédience. Il est vrai que c’est une brèche de taille dans l’institution de la famille patriarcale et du mariage monogamique !
Face à cette offensive des préjugés les plus réactionnaires dont cette pétition est une des expressions, il est évident que la reconnaissance du mariage de personnes du même sexe est un combat démocratique essentiel que nous faisons nôtre, quelle que soit par ailleurs notre conviction que l’institution du mariage va à l’encontre de la liberté qui devrait présider au choix de toutes et de tous de s’associer comme bon leur semble, dans un respect réciproque qui ne regarde qu’eux-mêmes.
Le mariage en effet, dès sa naissance dans les sociétés antiques, a sanctionné la propriété de l’homme sur la femme. Dans les classes possédantes, en particulier, il assurait à l’homme la certitude – en théorie du moins - de sa paternité et que c’est bien à ses propres enfants qu’il lèguerait ses biens et sa fortune.
Charles Fourier, prédécesseur des socialistes, comme le jeune Marx et les révolutionnaires de son temps, avait, au début du XIXème siècle, critiqué au vitriol le mariage bourgeois qui se prétendait – et se prétend - moderne et civilisé, tout en défendant une appropriation de la femme, qui ne doit se donner qu’à un seul homme, avec son cortège de jalousie et autres sentiments de propriété des êtres, sentiments d’un autre temps, et qui peuvent briser bien des vies : les chroniques judiciaires, les romans et autres émissions télévisées débordent d’exemples…
Et lorsque ce même Fourier défendit le principe de liberté sexuelle pour la femme, mais aussi entre hommes et femmes du même sexe, voire pour les jeunes et les vieillards, il fit scandale, et fut traité de fou… alors qu’il ne faisait qu’entrevoir, au début du XIXème siècle, la riche palette des rapports humains entravés, voire réprimés, par des siècles de « civilisation » de classe.
Lorsque Marx et les premiers socialistes, dans la foulée de Fourier et de Flora Tristan, dénoncèrent le mariage bourgeois, on les accusa violemment de défendre « la communauté des femmes ». On reprocha aux révolutionnaires russes, dont Lénine et Trotsky, de remplacer la famille par la collectivisation des enfants lorsque le jeune Etat ouvrier né de la révolution, instaura, en 1918, l’union libre, le droit à l’avortement et la suppression du « délit d’homosexualité » …
Mais ce qui apparaissait encore à l’époque, comme du domaine de l’utopie, se révèle aujourd’hui comme le résultat inéluctable de l’évolution des connaissances scientifiques et des relations humaines, au point que les programmes de SVT en prennent acte de manière quasi-officielle.
Pour les tenants de l’ordre moral qui voient à juste titre la famille traditionnelle, patriarcale, comme un ciment de l’ordre social tel qu’ils voudraient le maintenir, le respect de l’appropriation des richesses comme des êtres humains, de l’exploitation qui garantit les privilèges de quelques-uns, il est essentiel de maintenir les tabous et préjugés moyenâgeux qui entourent la sexualité.
A l’inverse, le combat contre cet obscurantisme qui génère tant de souffrances dans les rapports entre les êtres humains est au cœur de la transformation révolutionnaire de la société.
Tant il est vrai qu’il ne pourra y avoir de libre épanouissement de la personnalité humaine que dans des rapports sociaux débarrassés de la gangue de la propriété privée et de sa réfraction dans le domaine des relations intimes entre les individus, le mariage bourgeois.
Monica Casanova

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Published by JEAN EMARE - dans PC-PS
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