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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 13:41

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Pourquoi nous quittons le PCF ? Contributions de camarades

Afin d'enrichir les débats suite à notre départ collectif du PCF, je vous propose ci-dessous un certain nombre de contributions qui vont dans mon sens ou qui explicitent notre position.

Je vous en souhaite bonne lecture.

Vous trouverez ainsi, dans l'ordre suivant, les contributions de :

-          Pierre ZARKA,

-          Roger MARTELLI,

-          Philippe Stierlin,

-          Pierre Mansat & Catherine Gégout,

-          François ASENSI,

-          Claire VILLIERS,

-          François Labroille.

 

 

 

 

Message de Pierre ZARKA : Pourquoi je quitte le PCF

 

J’ai conscience d’avoir eu au sein du PCF un parcours peu ordinaire du fait de la succession de responsabilités qui m’avaient été confiées. Je peux être considéré comme un produit de l’appareil ce qui m’autorise à dire que j’y ai fait le tour des possibilités d’expérimenter. A chaque fois ce qui aurait dû être pris comme une incitation à ouvrir des chantiers a été réduit à l’état de dissidence.

Je n’ai pas adhéré au PCF comme on entre dans les ordres : j’ai adhéré à la nécessité de faire la Révolution. Je pense que les mots de « communisme », « émancipation «  n’ont de sens qu’associés à « Révolution », sinon ils ne portent aucune perspective de concrétisation. C’est donc le passage de la situation d’exploités ou de dominés à celle de mouvement de masse transformateur qui fait « mon » communisme. Agir pour dépasser tout rapport social d’assujettissement commence dès la conception de la lutte. L’organisation révolutionnaire en est un outil. Comme tous les outils, elle prolonge la volonté humaine, élargit ses potentialités créatrices mais jamais ne se substitue à elle. Comme tous les outils, lorsqu’ils se révèlent inadéquats, sans colère et sans larme, on en change.

Je ne peux m’empêcher de constater que depuis que l’enjeu historique n’est plus ni la lutte contre le fascisme ni contre le colonialisme mais comment la société dans son ensemble - je veux dire les exploités et dominés - s’auto-émancipent et pour cela auto-organisent leurs propres mouvement,  la structure même du PCF y fait obstacle. Pas par volonté maligne mais parce que le PCF comme tous les partis issus de la révolution industrielle se conçoit comme devant se substituer au mouvement autonome des intéressés. Loin de moi de penser que le miracle de la spontanéité pourrait jouer en faveur de la transformation révolutionnaire. Mais entre attendre béatement une vaine spontanéité et penser que le moyen d’y pallier serait de guider des ignorants, de se substituer à leur intrinsèque faiblesse idéologique, il y a comme point commun de ne concevoir l’organisation que sous le mode de la dépossession et la politique sous le mode de rapports de subordination. Depuis que le PCF a annoncé ne plus vouloir se considérer comme une avant-garde éclairée qu’a-t-il changé concrètement dans ses rapports avec les mouvements des différentes couches de la société ? La défiance qui a été la sienne à l’égard du mouvement de 1968 vient de se renouveler lors des trois dernières échéances électorales.

Cela a de lourdes conséquences. Plus il cherche à s’inscrire dans la société et plus il confond la réalité de cette société avec l’espace des seuls partis institués. C’est donc à l’aune du rapport de forces particulièrement entre le PS et lui qu’il croit mesurer les aspirations des gens. Plus il s’engage sur cette voie et plus il se coupe des attentes réelles. Et plus il s’en coupe plus il réduit son univers aux seuls espaces institutionnels. Ainsi, il  n’a fait avancer aucune perspective transformatrice lors de ce que tout le monde s’accorde à considérer comme la plus formidable crise du capitalisme depuis 1929. Il n’a rien fait bouger à partir d’un mouvement comme celui qui a animé les salariés de Total qui pourtant disaient de leur entreprise « nous sommes chez nous » et s’apprêtaient à chercher des solutions de productions sur un mode autogestionnaires. Non, durant cette période son principal problème était de savoir quelle serait sa prééminence sur les listes des régionales. De fait son devenir est devenu sa propre finalité, celle-ci se substituant à la transformation de la société.

Que ce soit le PCF, le PG ou le NPA, aucun  n’envisage le fait électoral autrement que comme l’expression de leur propre influence ; aucun ne l’envisage comme traduisant et stimulant le mouvement populaire. Aucun ne fait de la dynamique populaire politique  la finalité de leur rôle et la clé de leurs responsabilités. Ils n’envisagent que « ce sont les masses qui font l’Histoire » uniquement sous la forme de soutient dont ils pourraient bénéficier, réduisant le rôle du peuple à celui de supporters. Aucun ne considère que c’est par l’accès à la responsabilité d’élaboration politique et par la formation de capacités de contrainte sur les pouvoirs institutionnels que le mouvement populaire doit se former. En contre- partie, ce que l’on appelle les « abstentions » est devenu un comportement actif de refus de vote, de condamnation de cette conception de la politique.

Les refus de rassemblements larges et composites ne sont que les conséquences de telles conceptions. Pour être précis, nous avons des années durant, multiplié les efforts pour contribuer à faire changer le PC. Et il est arrivé que cela porte un temps des fruits et modifie certains de ses actes ; mais à chaque fois, ces avancées ont finalement été rattrapées et cannibalisées par la matrice originelle qui veut qu’aux yeux de tels partis l’irruption du mouvement populaire équivaut à une négation de leur rôle. Ainsi ce qui devait être rassemblement sur un pied d’égalité est devenu simple « élargissement » instrumentalisé pour le rayonnement du Parti. La régression de la situation en Ile de France entre les régionales de 2004 et celles de 2010 est éloquente. Tout comme la tentative un temps acceptée de travailler avec des collectifs unitaires larges qui a finalement été rejetée comme une nuisance.

Un réflexe d’auto défense anime la structure du PCF contre ce qu’elle considère comme une agression, une remise en cause de son rôle dirigeant. Désormais de tenter d’allier des éléments qui se révèlent à l’expérience être inconciliables ne ferait que préparer de nouvelles désillusions. La manière par laquelle la direction du Parti refuse de débattre de toute interrogation sur cette matrice désigne l’impasse dans laquelle elle nous entraîne. Continuer à être un peu dedans et un peu dehors, ne peut maintenant qu’entraîner de l’impuissance. Malgré nous, nous ne pourrions nous empêcher de chercher d’allier des éléments inconciliables et décevrions. Nous avons besoin d’avoir les mains libres pour élaborer une forme de la politique qui ne dépossède pas les citoyens et une forme d’organisation qui ne cherche pas à se substituer à eux. Les mains libres, mais aussi et surtout l’esprit libre. Nous venons de faire l’expérience  que de vouloir s’ancrer dans l’organisation existante, nous y enlise et nous empêche de fournir le travail nécessaire, long, tumultueux de concevoir société, politique et organisation à l’aune d’un processus révolutionnaire.

On ne peut avoir la tête à trop de chose à la fois. Personnellement, pour y avoir passé du temps et de l’énergie, c’est avec regret que je considère que le PCF s’avère incapable de répondre à cette redéfinition de la politique et qu’il faut faire autre chose, ailleurs. Il me semble désormais plus efficace de proposer aux mouvements d’étendre, à partir de leurs attentes déjà présentes, leurs prérogatives vers l’investissement de l’élaboration politique et des espaces de pouvoirs plutôt que de donner le sentiment de supplier les partis de bien vouloir partager ce qu’ils considèrent comme leur territoire réservé. C’est d’ailleurs- je le souhaite- un tel processus qui pourrait nous faire rencontrer à nouveau un PCF, un PG, un NPA, des écologistes ou des socialistes qui devront tenir compte d’une pratique citoyenne issue des luttes et des mouvements et des exigences de ruptures qui s’en dégageront.

Je ne suis ni le seul ni le premier à me poser de telles questions. Je me projette donc dans ce qui est un mouvement collectif, qui peut prendre forme en s’inscrivant dans l’expérience de procesus fédératif déjà lancé, je pense à la FASE, à l’intérieur duquel un nouvel espace communiste avec l’ACU a toute sa place. Nous ne partons pas de rien. Afin d’être à la hauteur d’enjeux inédits dans l’Histoire, j’attends beaucoup de ce que les uns et les autres pouvons contribuer à faire évoluer au sein de ces tentatives commençantes. Cela se fera de manière polyphonique et c’est cela que l’on reconnaît l’ampleur d’un mouvement.

 

 

 

Message Roger Martelli

L’enjeu communiste me paraît pouvoir s’exposer de façon lapidaire : la démocratie est malade ; elle ne va pas bien faute de dynamique de politisation populaire ; cette carence s’explique parce qu’il n’y a pas, face à la crise systémique du capital de projet crédible d’alternative fondée sur l’émancipation et la promotion des classes populaires ; ce projet est dans les limbes, parce que n’existe pas d’espace politique partagé, capable d’agréger les attentes, en les mettant en cohérence, en les portant dans les luttes sociales et en les articulant à une perspective politique à vocation transformatrice majoritaire.

Tel est l’enjeu ; telle est l’urgence. Les récentes régionales en ont été l’illustration éclatante : abstention massive, persistance du vote FN, éclatement de la gauche de gauche. Cette situation, installée depuis 2007, est intenable : il est inimaginable que l’on laisse le terrain politique à gauche, d’un côté au « réalisme » attribué au parti socialiste et, de l’autre côté, à « l’innovation » qui serait la marque d’une Europe-écologie, complexe, non homogène, mais terriblement ambiguë.

Il y a urgence à rompre cette mécanique. S’il y a urgence, c’est que le temps est compté ; s’il est compté, il n’y en a pas à perdre. De ce point de vue, je n’irai pas par quatre chemins : la structure actuelle du PCF est aujourd’hui fossilisée, malgré la richesse inestimable de ses militants et de ses élus. Que le patrimoine communiste soit en déshérence est un drame : pour les communistes d’abord, pour la gauche d’alternative ensuite ; pour la gauche tout court, enfin. Le déclin à ce jour inexorable du PCF n’a été compensé par aucune force ; ce manque à gagner se paie au prix fort. Mais la structure actuelle du parti est telle, que l’on ne peut espérer de l’intérieur la révolution sans laquelle le communisme politique est anémié.

Il y a maintenant plus de vingt ans, je me suis lancé avec beaucoup d’autres dans l’aventure des « refondateurs ». D’autres avaient essayé, avant nous, de persuader l’organisation de la nécessité du mouvement ; dénigrés, agressés, meurtris, ils y ont renoncé. Nous avons longtemps persisté (la « dissidence » la plus tenace de l’histoire du parti…). Nous avons toujours su que la tâche était difficile et qu’elle relevait d’un pari. Nous avons estimé que ce pari était raisonnable, parce que le PCF était historiquement marqué par une contradiction : à la fois un appareil fermé, de souche « bolchevico-stalinienne » (les deux termes n’étant pas superposables au demeurant…) et une tradition de rapport au réel qui permettait de métisser le parti pris de la radicalité et le sens de la construction politique à vocation majoritaire. À plusieurs reprises, dans le passé, alors même que le PC était enfermé dans une culture ouvertement stalinienne, il avait su prendre des tournants politiques qui l’avaient sauvé de l’isolement sectaire et l’avaient même placé au cœur de l’espace politique national (1934-1936, début des années 60, période de l’eurocommunisme). Nous pensions pouvoir jouer de cette contradiction pour plaider en faveur d’un sursaut salvateur.

Cette démarche a buté sur un obstacle ultime en décembre 2006, au moment du choix de la candidature de Marie-George Buffet à la présidentielle. Il était acquis que cette candidature déboucherait sur un cataclysme électoral pour le PC et sur une atomisation de la gauche « antilibérale » ; or, en toute connaissance de cause, la direction a choisi la voie du suicide électoral. Depuis, elle confirme son ancrage dans une gestion à courte vue, dans laquelle les choix tactiques incertains (alliance derrière le PS ou « Front de gauche ») n’obéissent qu’à une seule logique : la préservation d’un appareil resserré, replié sur lui-même. Le PCF de la grande époque était à la fois stalinien jusqu’à l’intransigeance et ouvert sur l’expérience populaire et sur les grandes évolutions politiques nationales ; le PC actuel est, tout à la fois, formellement moins stalinien et davantage replié sur lui-même et donc « sectarisé ». La logique interne d’appareil (l’éradication des dissidences et les règlements de compte) l’emporte sur le sens du réel et sur l’ambition de sa transformation dans les faits et non dans les mots. L’appareil du parti est aujourd’hui une machine à diviser les communistes, alors que l’urgence serait de les rassembler dans leur diversité.

Il faut ainsi tenir compte de la rupture historique que la dernière période a installée. Il existe toujours un appareil politique, qui délivre des cartes et qui conserve légalement le sigle de « PCF » ; mais le Parti communiste français historique, avec sa contradiction fondamentale, n’existe plus. Dont acte. Nous avons jusqu’à ce jour considéré que notre projet politique devait continuer de se mener au sein de la structure historique du Parti communiste français ; pas exclusivement dans cette structure, mais d’abord en son sein. L’expérience de ces trois dernières années montre que cette tentative est maintenant inefficace (sur quoi s’appuyer, quand ne pèse plus la rationalité du réel ?), qu’elle est épuisante et que, in fine, elle tend à rendre illisible le projet refondateur lui-même.

Il ne sert à rien de rester dans une structure, si l’on a la conviction que rien ne peut bouger sérieusement en son sein ; il ne sert à rien de partir, si l’on n’agit pas pour que du nouveau émerge qui assume, dans des conditions nouvelles, les fonctions de l’ancien. Le départ ne doit être rien d’autre que le signe d’une volonté de voir émerger du neuf. J’ai longtemps plaidé pour un combat refondateur au sein du PCF ; je garderai mon estime pour celles et ceux qui, au sein du PCF, affirment la nécessité d’une métamorphose et se battent pour elle ; affectivement, je ne peux me situer que dans la vaste cohorte des communistes, dont beaucoup d’ailleurs, depuis longtemps, se sont éloignés du Parti communiste français. Mais je considère que le combat de l’intérieur ne peut plus avoir de force propulsive. Je pars, non sans le déchirement que l’on devine. Je ne le fais pas « contre » ; je le fais « pour » quelque chose. Ce « quelque chose » est un double engagement, dont aucun des deux termes ne peut être séparé de l’autre.

1. Un engagement communiste, tout d’abord. Je me sépare d’un appareil, pas du communisme, pas des communistes. Si l’appareil divise les communistes, rien n’est plus décisif que de travailler à les rassembler, sans exclusive, où qu’ils se trouvent. Pour l’instant, il n’existe pas encore de lieu pleinement reconnu comme une maison commune où tous ceux qui, quelle que soit leur attache organisationnelle (ou leur absence d’attache), estiment avoir à faire avec le communisme peuvent se retrouver pour réfléchir et agir en communistes. L’Association des communistes unitaires veut travailler en ce sens. Faut-il œuvrer à ce qu’elle puisse jouer mieux son rôle ? Peut-on aller plus loin et bâtir avec d’autres un lieu qui soit véritablement pluriel et partagé ? Nous verrons ; l’essentiel est l’existence et le contenu de ce que nous bâtirons. Un lieu communiste partagé est utile s’il travaille à énoncer une visée communiste moderne, post-bolchevique, qui soit une contribution originale à une gauche d’alternative pluraliste ; une visée adossée à des repères contemporains, capable de faire vivre une culture, en état de proposer, de critiquer, d’inventer. Le communisme politique ne doit plus être une nostalgie ou un appareil tourné sur lui-même, mais un projet et un ferment d’initiative. Nous voulons le faire ; d’autres veulent le faire, dans le PCF, dans le NPA, dans le Front de gauche, à Europe-écologie : sommes-nous en état de le faire ensemble ?

Il y a quelques années, plusieurs d’entre nous avaient lancé l’idée d’États-généraux du communisme ; c’était une belle idée. Ne devrions-nous pas la reprendre, fût-ce dans d’autres formes ?

2. Le second engagement est dans l’espace politique de la gauche. La gauche de gauche est épuisée ; elle est en morceaux. Chacune de ses composantes exprime un pan de ce que devrait être une gauche d’alternative ; aucune ne l’exprime dans son entier. Aucune n’est en état de dire : c’est autour de moi que se reconstruira une gauche digne de ce nom. Il ne suffit plus aujourd’hui de le proclamer ; il faut en tirer ensemble des conséquences. Pourquoi la gauche de gauche a-t-elle échoué ? Parce que la logique boutiquière l’a emporté ? Bien sûr. Mais il faut voir plus profond. La gauche de gauche a échoué, pour au moins quatre raisons.

Elle n’a pas suffisamment travaillé à se forger un projet indentifiable. Elle a travaillé parfois à des propositions communes, et elle a montré qu’elle était en état de le faire dès l’instant où elle en avait la volonté politique. Mais les propositions, même bien léchées, ne font pas en elles-mêmes un projet ; elles ne donnent pas du sens à la crique et à la lutte ; elles ne suffisent donc pas à stimuler de la dynamique collective et populaire.

En second lieu, elle n’a pas poussé jusqu’au bout l’articulation nécessaire du social et du politique. L’exigence de ce raccord nouveau, sans subordination ni séparation, s’est fortement exprimé de 1995 à 2005. Des pas en avant ont été faits ; l’apogée a été atteinte dans la bataille contre le traité constitutionnel européen ; depuis cette date, c’est le recul, le repliement de chacun, association, syndicat et parti, sur son espace propre. De ce fait, une source de richesse s’est quelque peu tarie.

En troisième lieu, la gauche de gauche n’a pas réussi l’agrégation de toutes les sensibilités et les générations de la critique. Les héritiers du mouvement ouvrier ne sont pas durablement métissés avec ceux des autres formes de la critique contemporaine, comme les Forums sociaux en esquissaient pourtant la concrète possibilité. Faute de ce métissage, chacun a fini par retourner à ses habitudes, à son pré carré, in fine à sa boutique d’origine. C’est une déperdition pour tout le monde.

Enfin, la gauche de gauche n’a pas assez travaillé à la novation audacieuse de ses contenus, de ses mots, de ses figures et de ses formes. Sans doute a-t-elle été échaudée par tant de capitulations opérées au nom de la « modernité », depuis près de trente ans. Sans doute a-t-elle raison de rappeler que la modernité ne vaut que si elle contredit les vieilleries de la « rentabilité » du capital. Mais si, d’une manière ou d’une autre, l’alternative politique s’identifie à la répétition, fût-ce pour ne pas courir le risque du reniement, elle est vouée à la marginalité. Qu’il y ait tant de têtes grises ou blanches (je sais de quoi je parle…) dans nos réunions n’est pas considéré comme si grave, par rapport à la primauté du « Contenu » (avec une majuscule) ; qu’il y ait avant tout des hommes et des bons Européens n’est pas davantage considéré comme discriminant. À ne pas suffisamment porter d’attention à la novation, on en laisse le monopole à d’autres. Pour le plus grand mal de la modernité vraie de la transformation sociale.

C’est la volonté de surmonter collectivement ces limites qui devrait nous identifier positivement. Si nous partons, c’est aussi parce qu’il faut du temps pour porter, à la gauche du PS, un discours qui soit celui de l’unité, mais pas seulement celui de l’unité. Il faut bien sûr une force politique rassemblée, pluraliste mais cohérente à la gauche du Parti socialiste ; non pas des fronts ponctuels, ou des coalitions de petites formations politiques, mais une force politique visible, capable de concurrencer les grandes machines politiques. Pour rassembler dans la diversité, cette force doit trouver des formes d’agrégation viables et souples qui n’existent pas. Attention, au passage, à ne pas nous enfermer dans des discours un peu byzantins qui, selon les cas, encensent à l’excès ou vilipendent les partis. Une force politique ne peut être un simple « mouvement » et elle doit donc assumer les fonctions jusqu’alors réservées aux partis traditionnels ; mais elle ne peut pas assumer ces fonctions en calquant sa forme sur celles, verticales et hiérarchiques, de l’État. Les partis politiques sont utiles et la forme parti est dépassée : les deux affirmations sont vraies en même temps et pas séparément…

À mes yeux, nous devons porter plus haut et plus fort l’exigence de cette force politique, dans laquelle un courant communiste existera dans son originalité et son autonomie. Et, toujours à mes yeux tout au moins, nous devons accompagner cette affirmation d’une conviction : si la gauche de gauche veut peser dans l’espace politique, si elle ne se contente pas d’être une roue de secours ou un aiguillon du Parti socialiste, elle doit assumer positivement toutes les fonctions qu’elle n’a pas assez assumées dans les toutes dernières années. Projet, redynamisation populaire, rassemblement politique et novation des formes : rien ne doit se penser séparément.

Pour la première fois de ma vie, j’amorce un départ politique. Je continue de rêver. À ce qu’aurait pu être un PCF refondé quand il en était encore temps, quand il n’était pas encore une formation politique marginalisée. À ce qu’aurait pu être une gauche de gauche politiquement rassemblée, quand elle en avait les moyens après 2005. Je continue de rêver à ce qui était un possible, malheureusement non advenu.

 Il n’y a pas de vie sans rêve. Toutefois, en politique, le rêve se construit et se reconstruit.

Les matériaux ne manquent pas. En nous éloignant d’un appareil, veillons à nous donner les moyens de continuer d’agir concrètement en communistes : en rêvant… mais les yeux grands ouverts.

Roger Martelli

 

 

Intervention Philippe Stierlin au Congrès National  du PCF - 27 mars 2010

 

Au printemps, de quoi rêvons-nous ?

Un nouveau moment électoral vient d’avoir lieu. Quand à l’occasion de ces élections et à l’image des européennes, 75 % des jeunes de 18 à 25 ans, 67 % des ouvriers et employés se sont abstenus, quand les électrices/électeurs de départements populaires et emblématiques (ex : plus de 63 % en Seine Saint-Denis) ne sont pas voter, quand, dans les villes où le PCF représente encore une force, le nombre de voix réalisés par le Front de Gauche est dix fois moindre que celui réalisé par le seul PCF dans les années 1980, où se trouve le centre de gravité de la société ? femmes et les hommes de ce pays sont sur une autre planète que celle des partis politiques institués et à des années-lumière d’une étoile PCF de plus en plus éteinte.  Considérons-nous oui ou non cette abstention comme un mouvement, ou bien la déplorons-nous pour passer au point suivant ? Nous citons volontiers Marx parlant communisme non comme d’un état, mais du « mouvement réel qui abolit, etc. » Or la question cardinale est de redonner du pouvoir à ceux qui s’abstiennent, ne se retrouvent pas dans le jeu actuel plutôt que celle du sauvetage de « ses » 95 élus par le PCF (dont 66 sur la base des listes du Front de Gauche)… D’autant plus que si l’on va par là, le PCF avait 185 élus en 2004 avec à l’époque une gauche à un niveau des exprimés moins élevé qu’en 2010.

 

Ces abstentionnistes réguliers expriment quelque chose de profond. Ils ne mettent pas seulement en cause les institutions, les partis, ou leurs idées incantatoires, y compris à gauche, mais dénoncent un système qui les dépossède de tout pouvoir sur leur vie et sur un système en crise : le capitalisme. Ce qui est fracturé, c’est démocratie où la citoyenneté se limite à donner ou refuser sa confiance. Nous sous-estimons combien ce que nous vivons est usé et hors de toute capacité mobilisatrice comme nous sous-estimons le besoin d’invention de chemins nouveaux et durables. Or comme le chante Jean Ferrat dans Le Bilan, et je choisis à dessein cette « C’est un autre avenir qu’il faut qu’on réinvente ».

 

Changer de centre de gravité est donc vital. Or nous n’avons pas fait bouger ce centre. Pour des raisons historiques et culturelles d’abord. Car notre Parti, comme d’autres partis communistes et d’autres partis en France, a d’abord été pensé, construit pour se substituer aux faiblesses de pensée et d’action des citoyens, en visant à organiser leur spontanéité. Il réduit culturellement les citoyens à un rôle de soutiens, de bénéficiaires des transformations, au mieux de rédacteurs de propositions. Bref le PCF sollicite des gens une subversion vis-à-vis de la société mais reproduit en son sein une subordination à l’égard de cet outil pour la changer. Au lieu de combattre ce travers générateur d’impuissance à l’occasion des régionales, le noyau dirigeant du PCF a envoyé des signes excluant ceux qui voulaient renouveler en profondeur la relation entre le mouvement social et la question politique. Le cas de l’éviction de Claire Villiers d’Alternative Citoyenne a de ce point de vue été emblématique. L’important, c’était la « juste représentation des partis sur les listes, voire des individus de l’appareil, et non de représenter les électeurs. Encore moins de donner du pouvoir à ces derniers. Ainsi le secrétaire fédéral de Paris, Patrice Bessac, a été parachuté en Seine-Saint-Denis entre les 2 tours. Ainsi, le secrétaire fédéral du PCF du Val-d’Oise, Jean-Michel Ruiz a été éliminé au profit de Francis Parny, au mépris de la souveraineté des communistes de ce département, toutes sensibilités confondues.

 

Pour la gauche de transformation sociale et écologique, des résultats et des expériences montrent que des démarches grand angle, courageuses, éloignant l’esprit de boutique, sans pour autant nier la nécessité de s’organiser politiquement, sont fructueuses. Y compris jusqu’au 2e tour. Mais ce qui a dominé dans de trop nombreux endroits (et de manière caricaturale et sectaire en Ile-de-France), ce sont des listes FG construites autour du duo PC-PG, avec un PCF se considérant comme le point central du rassemblement. Or nous n’avons pas montré les signes que nous voulions autre chose qu’un cartel d’organisations; nous faisons comme si nous n’étions pas à la fin d’un cycle de représentation politique.

 

Par ailleurs des communistes unitaires ont été écartés de ces listes sur la base « aucun éligible, aucune tête de liste », avec un ostracisme d’un autre âge et purification politique. Cette attitude participe clairement d’une volonté politique de fond : combattre à n’importe quel prix humain, éthique et politique les espaces, les creusets qui revendiquent la création d’une nouvelle force de transformation sociale, dont l’une des composantes serait communiste. Disant ce la, je pense à die Linke d’Allemagne, à l’ANC, polyphonique, d’Afrique du Sud… Je comprends que l’on ne partage pas toutes et tous ici ce point de vue. Mais je trouve inacceptable, indigne, d’éliminer ceux qui le portent. Si c’est à l’image de la nouvelle société que certains veulent, il y a de quoi être inquiet. J’en ai déduit que dans la structure PCF, il n’y a plus aucune place pour une opposition critique.

 

Ce qui est combattu par le noyau dirigeant du PCF avec ce qu’il reste de ce Parti, c’est au fond un projet de dépassement du capitalisme croisant des cultures politiques qui se sont affrontées au 20e siècle, un projet dans lequel les partis ne disposent plus comme auparavant du monopole de la représentation politique, un projet qui associe les citoyens, engagés ici et là, dans une construction politique globale. Les régionales 2010 signent la fin du cycle initié depuis 2006. Je vis cela comme les derniers soubresauts d’un PCF qui fonctionne sur lui-même et se sclérose. La gauche de transformation sociale, celle qui souhaite une rupture avec le système libéral et non son accompagnement, est très en-deçà des potentialités et de la place qu’elle devrait occuper dans un contexte de crise sociale, écologique et démocratique sans précédent, de rapports sociaux d’une rare violence. Le PCF n’est pas en situation de répondre à un triple défi : le fond de rupture de la ligne de transformation écologique et sociale, le renouvellement du projet et de ses formes. Il n’est pas l’outil adapté pour une telle novation politique et n’est pas capable de s'auto réformer.

 

Le PCF aura porté plusieurs grandes réformes au XXe siècle, ainsi que l’anticolonialisme et la lutte contre le nazisme, mais il sera passé à côté du féminisme, de l’autogestion et des nouveaux critères de gestion, des droits des minorités sexuelles, de la question européenne, de l’écologie. Cela fait beaucoup. Il passe aujourd’hui à côté de la révolution démocratique. Cela fait trop. Et c’est pour cela, qu’aujourd’hui, avec d’autres camarades, je m’en vais. Je voulais vous le dire, seul présent dans cette enceinte parmi les communistes unitaires membres du PCF. Je le fais sans amertume, avec un mélange d’amitié pour plusieurs d’entre vous et de regret pour tant de gâchis. Je pars pariant sur une audace, celle que des communistes ont eue en 1920. Je suis aussi lucide sur l’océan de travail à accomplir.

 

Marie-George Buffet a ouvert ce CN par une minute de silence pour Jean Ferrat. Comme je suis le dernier intervenant de cette matinée, je conclurai en pensant à notre ami disparu. En plus de m’émouvoir, Jean Ferrat m’a appris qu’on pouvait être populaire, communiste sans se résumer à cela, et ne pas être membre du PCF. Autant dire que je médite positivement cette leçon.

 

 

 

 

Message de Pierre Mansat, Adjoint au Maire de Paris, élu du 20e & Catherine Gégout, ancienne Conseillère de Paris et du 20e

 

Pourquoi nous quittons le Parti communiste français

 

Depuis 40 ans nous tentons de contribuer, en idées et en actes, à ce que le Parti communiste français tienne toute sa place. Pour Pierre depuis 1973, et après 4 ans au sein de la jeunesse communiste, pour Catherine depuis 1972. C’était notre vie.

 

Nous avons continué à le faire malgré les désaccords croissants que nous avions avec les pratiques et la stratégie de la direction. L’étape de l’élection présidentielle de 2007 a certainement été à cet égard un moment particulièrement douloureux.

 

Les idéaux qui nous ont portés, dans notre activité syndicale et associative puis comme responsables politiques et élus n’ont cessé de nous animer. Nous avons beaucoup appris en militant, de même que nous avons beaucoup donné. Nous avons rencontré des gens merveilleux et des camarades qui sont devenus des amis auxquels nous tenons beaucoup.

 

Fallait-il pour autant nous taire devant les blocages et l’immense gâchis que nous constations? Aussi nous avons régulièrement, chacun à notre manière, exprimé désaccords et propositions au sein même du Parti, puis plus publiquement, sans pour autant nous intégrer dans l’un des groupes de camarades en recherche de solutions collectives.

 

Alors nous avons dû faire face à l’incompréhension de certains, l’hostilité d’autres-on est vite soupçonné de trahison dans cette organisation fraternelle lorsqu’on exprime publiquement une opinion divergeant de la ligne officielle - mais nous avons aussi rencontré bien des camarades qui partageaient tout ou partie de nos opinions et se désespéraient de voir le Parti avoir de moins en moins de prise réelle sur la société.

 

Passons sur les pratiques de l’actuelle direction de la Fédération de Paris, imprégnées d’autoritarisme, de manoeuvres et d’ambitions personnelles. Les comportements lors des élections sont à cet égard révélateurs, qu’il s’agisse des dernières présidentielles, municipales et régionales.

 

Passons aussi sur l’indifférence, voire le mépris, vis-à-vis de ce que nous avons pu réaliser comme élus, singulièrement autour de ce qui est devenu un sujet majeur de confrontation, le Grand Paris, ou l'action dans les milieux altermondialistes.

 

Enfin nous en sommes arrivés à la conviction que cet outil que les communistes se sont donné n’est plus aujourd’hui réformable, ne peut pas jouer un rôle moteur dans la construction d’une alternative, produire les idées et les actes nécessaires. Le Parti communiste a été important dans l’histoire, a pesé sur l’évolution de la société française, chaque fois qu’il a été capable de rassembler, de cristalliser les espoirs et les forces dans un élan transformateur, de contribuer à l’irruption du peuple sur la scène politique. Sa perte de substance l’en rend aujourd’hui incapable. Nous le regrettons d’autant plus que pour l’instant aucune force pouvant y répondre n’a émergé et ce n’est pas sans amertume que nous constatons que le Parti communiste aurait dû être le levain de la construction d’une telle force mais qu’il a constamment choisi le repli « identitaire », sous une façade d’ouverture et d'autosatisfaction. Il continue ainsi de « rater » les enjeux, comme celui du défi climatique.

 

Nous avons bien conscience que notre décision fera de la peine à certains camarades qui ont de l’estime pour nous et que nous respectons infiniment.

 

Mais il ne nous est plus possible de faire partie d’une organisation à laquelle nous ne croyons plus malgré notre estime pour les militants qui donnent le meilleur d’eux-mêmes et sont aux côtés de ceux qui luttent.

 

Aussi nous ne sommes aujourd’hui plus membres du Parti communiste français. C’est le résultat d’un déchirement lent et douloureux.

 

Pierre continuera bien entendu à assurer son mandat d’élu comme à répondre aux multiples sollicitations des militants politiques et associatifs qui ont besoin de soutien dans les luttes qu’ils mènent.

 

La société bouge. L’aspiration au changement est profonde. Divers espaces sont en gestation qui se donnent comme objectif l’élaboration commune d’une alternative progressiste au néolibéralisme, d’un programme de profonde transformation sociale.

 

Nous sommes disponibles pour y participer.

 

Paris 29 mars 2010

 

 

 

Message de François ASENSI, Député PCF de Seine-Saint-Denis

 

La séquence électorale des régionales marque une nouvelle phase de marginalisation, mais ne peut résumer à elle seule l’impuissance du Parti communiste français à influer sur l’évolution de la gauche française.

Le déclin inexorable de la formation communiste est inscrit depuis de longues années dans une sorte d’autisme politique qui réduit le champ de sa pensée à une nostalgie, l’enferme dans une puissance passée et la condamne aux alliances électorales en position minoritaire, hier la gauche «plurielle», demain peut-être une gauche «solidaire».

L’absence de visée transformatrice, de projets, de stratégie politique, tout cela révèle la perte de substance intellectuelle de cette formation dont l’objectif principal semble être d’assurer la survie d’une structure.

Alors qu’un débat pluraliste s’exprime dans toutes les formations politiques et concourt à leur rayonnement, ce débat pluraliste est considéré par les dirigeants actuels comme une plaie qu’il faut cautériser.

Ce choix mutilant a été décidé au dernier congrès du Parti communiste et a eu pour conséquence d’éliminer toute contestation, toute proposition qui n’entrait pas dans le logiciel officiel. Il en a résulté également la marginalisation, si ce n’est l’élimination, de tous les camarades porteurs d’options alternatives.

L’esprit de fermeture qui a conduit au refus d’une candidature unitaire de la gauche antilibérale en 2007 n’a en rien reculé et le lancement du Front de gauche n’a pas interrompu ce cycle. L’ambition initiale d’un front à vocation majoritaire dans la gauche a été sacrifiée sous une composition trop étriquée et éloignée de la base.

L’entre-deux tours des élections régionales a ainsi autorisé les responsables du Parti à des combinaisons d’appareil sous couvert de négociations. Des méthodes inqualifiables qui ont conduit à la disparition des listes de tous les candidats qui n’appartenaient pas au pré-carré de la place du Colonel Fabien.

Dans le même temps, la présence de militants communistes dans des alliances à géométrie variable, au gré des rapports de force régionaux, a souligné l’incohérence de la stratégie du Parti communiste. Cet éparpillement a définitivement signifié, je le crois, l’impossibilité de maintenir l’unanimisme d’un appareil qui se fissure.

 

Sans doute animé par une conviction inébranlable dans un futur solidaire et émancipateur de l’humanité, j’ai pensé que la visée communiste restait l’horizon du Parti communiste français en dépit de ses comportements étroits, de ses oukases, de ses anathèmes.

Après des années de militance, et pour moi des dizaines d’années d’engagement pour changer le communisme politique français, je ne peux que constater notre impuissance et plus encore nos échecs.

Changer ne signifiait pas affadir le projet communiste, mais au contraire, le transcender pour en faire une force éthique, un guide pour l’action, une composante indispensable d’une gauche de transformation sociale.

Après toutes ces années, toute avancée, même la plus ténue, paraît impensable à une structure vieillissante qui se sclérose et se replie sur elle-même. Son corpus idéologique se réduit à des slogans du type : « Nous voulons rassembler toute la gauche, il n’existe qu’une seule gauche ». Comme si l’Histoire de France, depuis les Lumières et la Révolution, n’avait pas produit des courants de pensée divergents, avec d’un côté une gauche radicale et de transformation sociale et de l’autre une gauche d’accompagnement, quand ce n’est pas tout simplement une gauche de capitulation.

Naturellement, le débat entre ces différents courants de pensée est nécessaire, utile et indispensable parce que les forces progressistes doivent trouver le chemin du rassemblement et de l’action pour la transformation sociale.

J’ai toujours pensé que le métissage des cultures politiques en démocratie était source de créativité et d’innovation politique. De la même manière que la prise en compte des parcours militants et le respect des patrimoines les plus divers pouvaient converger en une force nouvelle, capable de changer une société de plus en plus dure et injuste.

 

***

Changement : voilà le maître-mot de toutes les formations politiques de gauche comme de droite. Mais changer, pour quoi faire ? Changer comment ? Et quelle place accorde-t-on au citoyen dans ce processus ?

La question de la radicalité mérite une nouvelle fois d’être abordée. Mais en l’espèce, il s’agit moins d’en adopter la posture, en guise de slogan qui nous différencierait des politiques d’accompagnement du libéralisme, que d’affirmer la radicalité d’un projet émancipateur. Si, comme je le crois nous traversons une urgence sociale, si le tocsin écologique sonne pour l’avenir de la planète, si les discriminations gangrènent le lien social, si la démocratie recule devant l’individualisme forcené et le dogme de la compétition, si la domination du capital écrase toute réinvention de la place du travail, alors oui il faut changer de société.

Comment imaginer que l’explosion des inégalités entre le Nord et le Sud, au sein des pays riches et des pays pauvres, puisse former le socle d’un monde pacifié et démocratique ? Comment concevoir une fin de l’Histoire sur une planète plus que jamais minée par cette violence ?

Une nouvelle page est à écrire, la société post-capitaliste est à l’ordre du jour. Il faut la construire dès aujourd’hui. La construire dans les luttes sociales, sociétales, écologiques, internationales. Il nous faut affirmer l’ambition d’une gauche de transformation sociale qui conteste l’emprise social-libérale, qui gagne la bataille des idées et construise pas à pas une hégémonie intellectuelle, au sens gramscien du terme.

« Changer de société » est un mot d’ordre que le Parti communiste français a éradiqué de son vocabulaire. Pourtant, c’est bien l’enjeu aujourd’hui avec la crise systémique du capitalisme. Jamais les thèses marxistes n’ont été d’une actualité aussi brûlante. Elles mettent en lumière ce capitalisme prédateur qui a financiarisé toutes les activités humaines pour ses profits à court terme. Un capitalisme qui spécule contre les Etats pour rallier les gouvernements à son entreprise de régression sociale. Un capitalisme qui n’envisage aucune limite à la marchandisation de l’humain, de sa culture, et de son environnement. Le capitalisme vert, et son avatar, l’écologie de marché, sont autant de leurres qui ne masquent pas un productivisme sans rivage qui asservit le vivant et meurtri les écosystèmes.

Je veux dire ici que le capitalisme d’État qui se prétend communiste conduit aux mêmes errements.

 

***

Changer de société c’est donner un cap démocratique et révolutionnaire. C’est surtout affirmer haut et fort que le principe de justice, d’égalité et de liberté doivent être au cœur de cette société.

L’abstention massive dans les urnes n’est pas un renoncement, mais un cri de colère contre notre incapacité à renverser les dominations. Je ne crois pas au rejet de la chose publique, je vois simplement des citoyens qui désespèrent d’un champ politique pris en otage par l’économie. Partout, des mobilisations citoyennes émergent et s’étayent : mouvement des sans, militants de l’écologie, salariés refusant le chômage et la précarité, associations de lutte contre les discriminations, tous s’engagent pour se réapproprier leur destin, et font politique, au sens premier du terme.

La frontière mortifère qui sépare ces luttes sociales du champ politique est un verrou à éliminer.

***

 

Nous ne pouvons pas nous épuiser à vouloir bouger les choses au PCF. Nous ne pouvons pas, non plus, accorder des excuses à des dirigeants campés sur leurs certitudes.

Je crois que le renouveau politique est à construire ailleurs. J’irai pour ma part vers ces chemins nouveaux avec des convictions bien à gauche, révolutionnaires parce qu’elles restent plus que jamais communistes.

 

 

 

Message de Claire Villiers, Vice présidente "Démocratie régionale"

 

Madame, Monsieur, cher-e-s ami-e-s, chèr-e-s camarades,

Si vous êtes destinataire de ce courrier, c’est que pendant les six années qui viennent de s’écouler nous nous sommes croisé-e-s, nous avons travaillé ensemble pour que la région Ile de France soit plus démocratique, plus respectueuse de la diversité de ses citoyens et citoyennes.

Je voulais vous en remercier et vous dire à quel point ce mandat m’avait enrichie tant d’un point de vue politique que personnel.

J’aurais souhaité continuer à faire évoluer nos outils, à mettre en œuvre les engagements avec le monde associatif, à faire progresser la lutte contre toutes les discriminations.

Le verdict des urnes est tombé : je ne suis pas élue pour un nouveau mandat. J’espère néanmoins que ce qui a été patiemment construit continuera à vivre et s’enrichir.

Je suis bien sûre heureuse que la gauche ait remporté ces élections mais cela ne me satisfait pas totalement. Le taux d’abstention lors de ce scrutin montre à quel point la crise démocratique est profonde, en particulier dans les quartiers populaires. Combien d’hommes et de femmes se sentent abandonné-e-s, non concerné-e-s, pensant que la solution à leurs problèmes d’une urgence criante est ailleurs, ou, pire, n’est nulle part.

Nous avons eu l’occasion d’échanger à telle ou telle occasion sur ces points. Plus que jamais je pense que la crise démocratique n’est pas qu’une crise de ses formes, mais également une crise de ses réponses.

Nous avons créé des lieux et instances de participation, de concertation, mais je suis lucide. Quand à la fois le néolibéralisme et la concentration des richesses et des pouvoirs économiques et médiatiques sapent les fondements mêmes de la démocratie, et, qu’au plus haut de l’Etat, on s’en prend à toutes les formes collectives organisées et on instaure la précarité généralisée des conditions de vie, reconstruire un bien commun démocratique nécessite un engagement porteur de plus d’ambition que ce n’est le cas.

Qu’il s’agisse du projet du Grand Paris de N. Sarkozy ou de la réforme des collectivités territoriales, demain un peu plus encore, la vie politique et le débat public risquent d’être confisqués par quelques-un-e-s au détriment de tous ceux et celles qui n’ont pas voix au chapitre.

Il nous faut donc, plus que jamais, faire surgir l’exigence démocratique parce que nous avons besoin de beaucoup plus d’immixtion dans l’espace public, de beaucoup plus de mobilisation citoyenne pour imposer solidarité et justice sociale.

C’est cela qui permettra de reprendre l’offensive et de construire les alternatives économiques, sociales, écologiques exigées par les différentes crises dans lesquelles nous sommes plongé-e-s.

Je l’ai souvent dit : pour moi les acteurs et actrices politiques ne se limitent pas au champ des partis. Inventer des formes de collaborations entre les partis, les associations, les syndicats, dans le respect de chacun et chacune, est d’une urgence extrême. Comme il est impératif de donner corps à un agir local et un penser global, irrémédiablement liés.

L’engagement militant, le mien en tout cas, ne se résume pas à une responsabilité dans une institution.

Bien des combats sont devant nous : nous nous y rencontrerons !

 

« L'amour de la démocratie est celui de l'égalité », Montesquieu, De l'esprit des lois

 

Claire Villiers. Le 25 mars 2010

 

 

 

Message de François Labroille : Tristesse et colère

 

A mes ami-e-s qui ont fait une belle campagne dans le 18 ème

 

Je n’ai pas d’autre priorité que de dire à celles et ceux qui se sont tant dévoués pour cette campagne ma tristesse de voir Claire Villiers devoir abandonner ses responsabilités au Conseil régional où elle a forcé le respect. Pour l’instant, je suis avant tout en colère.

 

Je ne serai pas des vôtres mercredi soir pour fêter cette fin de campagne parce que j’ai au même moment une réunion de mon réseau d’Alternative Citoyenne pour débattre collectivement des enseignements que nous devons tirer de cette période. J’aurais voulu vous retrouver pour discuter et partager la satisfaction du travail commun. Mais très honnêtement, j’ai beaucoup de mal à commenter les résultats de ce second tour. Ma satisfaction à voir une telle défaite de la droite à laquelle a contribué la consolidation du Front de Gauche et des listes « ensemble…. » est entachée par cette éviction de Claire Villiers en Ile de France comme celle de mes ami-e-s Tarek Ben Hiba, Bénédicte Bauret ou Malika Zediri. Je pense faire partie des très rares personnes à disposer de quasiment de toutes les données factuelles de cette affaire mais je ne comprends toujours pas comment on a pu en arriver là. J’en développerai en temps voulu le récit détaillé et l’analyse politique. Pour l’instant, je veux simplement alerter le front de Gauche sur le risque mortel qu’il encourt à sacrifier les personnalités qui incarnent le rapprochement entre l’engagement dans un mouvement social et la prise de responsabilités politiques.


On pourra s’installer autant que l’on veut en bordure de manifestations et se raconter que l’on soutient les luttes, on pourra y exhiber nos affiches, nos représentants mais cela ne fera pas le tour de l’implication dans les luttes sociales. Eliminer des tablettes des éligibles dans une négociation nocturne une des représentantes les plus reconnues de luttes sociales des années 1995-2005, ne serait qu’une contradiction un peu risible si elle ne portait pas un tel mépris des personnes. Claire fait partie de ces responsables syndicaux et associatifs qui ont considéré après le traumatisme de la présidentielle de 2002 que l’on ne pouvait pas en rester à cette coupure du champ politique et du champ social. Non pour manifester une quelconque allégeance aux forces politiques mais parce que elle et les militant-e-s dont je fais partie étions convaincu-e-s que toute reconstruction d’une perspective politique pour la gauche critique impliquait un tel engagement. Si le Front de Gauche ne veut pas entendre cette démarche, il se condamnera à la marginalité. Il restera sur les trottoirs à regarder passer les manifestations. Il restera une combinaison de partis constitués avec une rhétorique parfois brillante mais qui ne mordra pas au delà des premiers cercles des plus convaincus.

 

Je n’ai donc pas pu vraiment fêter cette victoire.  Je suis le seul candidat issu d’Alternative Citoyenne élu alors que nos accords en avaient prévu 4 sur 25 ou bien 3 sur 20 mais jamais 1 sur18. Je n’ai compris que mardi vers 11 h 30 que Claire était évincée. Je me suis alors précipité au Novotel des Halles pour exhorter les derniers présents à ne pas faire cette erreur. Le PS, le PC et le PG se sont renvoyé la balle. Chacun peut accuser l’autre d’être responsable de cette vilénie et s’en exonérer. Certes je sais que notre première faiblesse collective est celle de notre score. A 8 % ou plus, nous aurions  négocié une augmentation du nombre de nos élu-e-s et non leur réduction. C’est donc  cette situation que nous allons devoir mieux discuter dans les prochaines semaines, sans déprécier ce que nous avons fait mais sans l’idéaliser.

 

Le fond politique de cette affaire réside non seulement dans la tentation des partis constitués de tout  sacrifier à la promotion de leurs propres candidats mais aussi plus gravement dans une conception du Front de Gauche qui ne laisse qu’une place subalterne au mouvement social en dépit de qui est mis en avant d’un nouveau Front populaire.  Nous allons maintenant prendre le temps de la réflexion collective… sans acrimonie mais sans complaisance. Il va falloir beaucoup d’efforts pour être à la hauteur des questions de la période. Il ne suffira pas de vanter le progrès de 0,20 point par rapport aux Européennes. Il va falloir tirer tous les enseignements de cette campagne parfois très prometteuse quand elle a été coopérative comme ce fut souvent le cas dans le 18 ème et ailleurs. Je maintiens à cet égard que les apports croisés du PC, du PG de la GU et des autres sensibilités dont celle d’Alternative Citoyenne ont été bien plus productifs que ce qui avait été fait par le passé, par exemple au niveau du programme que nous avons élaboré en IdF. L’impertinence du PG parfois, les références du PC, l’exigence de pensée de la GU m’ont souvent semblé bien plus complémentaires que concurrentes. C’est ce syncrétisme de nos cultures politiques qui me semble capable de produire du nouveau. Je le perçois dans nos initiatives communes, nos réunions, nos discussions même si elles sont parfois un peu âpres. Il va falloir mesurer aussi  la portée des progressions significatives sur Paris et dans un certain nombre de villes qui nous redonnent de la crédibilité. Il va falloir confronter nos points de vue sur la façon d’articuler les interventions polémiques qui rendent visibles les clivages à gauche et l’intervention politique plus audacieuse dans le débat d’idées sur ce que pourrait être une alternative économique et sociale. Il va falloir discuter de la nature et de l'élargissement réel de notre rassemblement. Je suis convaincu que nous avons les moyens d’installer dans la durée cette gauche renouvelée.

 

Amitiés militantes

François Labroille

 

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Published by JEAN EMARE - dans PC-PS
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