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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 09:03

Souffrance au travail : France Télécom, un modèle

 
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SUD attaque au pénal la direction de France Télécom pour « souffrance au travail », après des années de pressions froidement calculées contre les salariés.

C’est une première. Le 8 avril 2010, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour harcèlement moral, après la plainte déposée par le syndicat SUD contre la direction de France Télécom (Lombard, Barberies, Wines) pour « souffrance au travail ». Cette plainte se fonde sur un rapport rédigé par un inspecteur du travail, montrant que l’encadrement d’Orange a voulu le départ de 22 000 salariés de l’entreprise, sur la seule base de pressions psychologiques.
Cette action judiciaire s’analyse comme la seule action collective, la grève que les salariés de France Télécom ne mèneront jamais, tant y domine le chacun pour soi, résultat de la gestion individualisée des personnes, même chez les plus politisés d’entre eux.
Cependant, l’issue de cette action est incertaine : la chambre criminelle de la Cour de cassation réclame l’intentionnalité pour condamner la direction d’Orange. Il faut ainsi prouver que la direction a sciemment voulu la mort des 47 salariés suicidés comptabilisés depuis le 1er janvier 2009, ce qui est naturellement indémontrable. Cette exigence d’intentionnalité revient à vider totalement de sa substance la machine de guerre constituée par le rapport de l’inspecteur du travail. Une autre interprétation, fondée sur l’analyse des dispositions du code du travail, n’exige pas l’intentionnalité. Quelle solution aura l’adhésion des juges ? Tout le problème est là, et il faut se battre de toutes ses forces pour que triomphe la solution préconisée par le code du travail.

Pressions et souffrances
Les salariés d’Orange reçoivent tous les matins dans leur boîte mails des offres d’emploi pour d’autres administrations, ou pour le secteur privé. Manière délicate de leur faire comprendre qu’ils doivent chercher du travail ailleurs. Par ailleurs, un mail, adressé par un chef à tous les salariés de France Télécom, présentait la photo de deux marionnettes des Guignols de l’info, avec ce texte délicat : « Arrêtez de glander, de vous mettre les doigts dans le fion (sic) ; allumez la fibre (optique/numérique) !!! »
Ces pressions s’expliquent aussi par la philosophie de Didier Lombard, président de l’entreprise. Le 20 octobre 2006, celui-ci a déclaré aux chefs de France Télécom : « La maison est une mère poule, qui récupère les gens ; y compris en créant des emplois artificiels, là où il n’y en n’a pas besoin ! […] On veut qu’ils passent de la fainéantise à l’espace carrière, et qu’ils se positionnent clairement ! »
Résultats : les salariés d’Orange souffrent de plus en plus d’alopécie, de troubles digestifs et musculo-squelettiques, de perte de la libido, de confusion dans le langage et des repères chronologiques. De même, ils ont une phobie d’évitement du sigle de France Télécom, qu’ils ne supportent plus de voir ni sur la façade de l’immeuble ni sur les tickets-restaurant1.

Augmentation des suicides
Jamais il n’y a eu autant de suicides liés au travail en France (400 morts chaque année). On se suicide beaucoup dans la police (39 suicides par an pour 100 000 agents), dans l’enseignement (33 suicides pour 100 000 professeurs2, à Pôle Emploi, à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, dans le secteur privé (Peugeot, Renault, Thalès, H&M).
Les suicides sont la partie émergée d’un mal beaucoup plus profond (prise d’antidépresseurs, dépressions nerveuses) dont personne ne parle et qui ne date pas d’aujourd’hui. Déjà durant les « années Mitterrand », de nombreux salariés venaient travailler avec des antidépresseurs et souffraient de dépression, dans l’indifférence générale. Les socialistes sont aussi responsables que Sarkozy de ce que l’on appelle improprement « souffrance au travail » et qui est directement le résultat d’une politique « manageriale », froidement voulue, calculée et décidée en toute connaissance de cause par les DRH3. Cette stratégie impose la rémunération au mérite, met des salariés anciens sur des postes de départ, organise des conflits entre « jeunes » et « vieux » salariés, licencie chaque année les moins productifs, organise des mutations forcées tous les 27 mois, etc.
Face à ces pratiques abjectes, le comité d’entreprise (CE) doit absolument disposer d’un pouvoir de véto suspensif, c’est-à-dire un véritable pouvoir de contrecarrer ces décisions. Dans ce cadre, le CE émet un véto, l’inspecteur du travail est saisi et statue dans un délai d’un mois.
Brigitte Pascal, Commission précarité

1. Lire aussi Pendant qu’ils comptent les morts, de Brigitte Font le Bret et Marin Ledun, éditions La Tengo, et Orange stressé, la gestion par le stress à France Télécom, d’Ivan du Roy, éditions La Découverte.
2. Selon L’Humanité.
3. Directions des ressources humaines.

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Published by JEAN EMARE - dans ARTICLE
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