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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 13:37

Vive la mobilisation révolutionnaire de la jeunesse et des travailleurs
en Tunisie, en Égypte, en Libye et dans tous les pays arabes !

A bas Sarkozy et les États impérialistes qui ont soutenu les dictateurs
et veulent imposer aujourd’hui le maintien de leurs régimes !
Non à tout intervention impérialiste en Libye !

Non aux prétendues « transitions démocratiques » bourgeoises
qui visent à rafistoler les dictatures : vive la poursuite
du processus révolutionnaire, l’auto-organisation des travailleurs,
la mise en place d’organes de pouvoir ouvrier et paysan !


Les jeunes et les travailleurs arabes sont les premiers révolutionnaires du XXIe siècle, de la nouvelle époque ouverte par la crise mondiale du capitalisme qui a éclaté en 2008. Leur soulèvement victorieux contre Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Égypte, la lutte armée héroïque du peuple libyen contre le dictateur Khadafi, les grandes mobilisations prometteuses de Bahreïn, de Jordanie, du Yémen et du Maroc suffisent à faire s’effondrer un pan entier de l’idéologie bourgeoise des dernières années.

 

On voulait nous faire croire que le XXIe siècle serait dominé par la « guerre des civilisations » et qu’on en avait fini avec la lutte des classes. Pendant des années, les impérialistes états-unien et européens ont justifié leur soutien aux dictatures dans les pays arabes ou à majorité musulmane par le prétexte de lutter contre l’islamisme. On nous suggérait aussi, par un préjugé raciste et islamophobe, que les peuples arabes n’avaient pas la
même capacité que d’autres à vivre de façon démocratique.

C’est au contraire une immense aspiration à la liberté concrète,
c’est-à-dire à l’auto-détermination, qui se déploie dans les
processus révolutionnaires en cours. Les jeunes, les travailleurs, de
nombreuses femmes, les opprimés veulent en finir non seulement avec les dictateurs, mais avec les régimes dictatoriaux eux-mêmes. Mais les bourgeoisies arabes et les impérialistes qui ont soutenu les dictateurs tentent maintenant de sauver les fondements des régimes en place,l’ensemble des appareils d’État et de la structure économique : leur prétendue « transition démocratique » ne vise qu’à concéder quelques mesurettes pour canaliser la colère des masses en préservant les bases mêmes du système contre lequel elles se révoltent aujourd’hui.

Les exigences démocratiques des masses sont indissociables des revendications sociales qui avaient déjà provoqué une recrudescence des luttes de classe depuis quelques années dans les pays arabes et qui ont été exacerbées par les effets de la crise capitaliste : le refus de la hausse des prix, du chômage et de la misère ont été de fait les points de départ des processus révolutionnaires. Cela explique le rôle central non seulement des jeunes chômeurs, mais aussi des prolétaires qui ont un travail dans les mobilisations et dans la chute des dictateurs en Tunisie et en Égypte. Et cela implique que, là aussi, la jeunesse et les travailleurs ne pourront se satisfaire de quelques mesures et autres promesses.

Tous les révolutionnaires du monde se doivent non seulement de soutenir inconditionnellement le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mais de se mettre à l’école des peuples et travailleurs qui font concrètement la révolution. Mais le processus révolutionnaire est international et la discussion politique sur les voies de la révolution ne saurait être qu’internationaliste. Il ne s’agit pas de donner des leçons, mais de comprendre que le débat d’idées et les propositions politiques pour la révolution dans les pays arabes viennent et doivent venir des révolutionnaires de tous les pays. Il s’agit de faire revivre
concrètement la tradition juste de l’internationalisme prolétarien, qui
implique à la fois la solidarité de classe et la libre discussion.

Comme marxistes et partisans du programme historique de la IVe Internationale,nous estimons que seuls la poursuite et l’approfondissement du processus révolutionnaire poseront et posent en fait déjà la question de la prise de contrôle des prolétaires sur les entreprises et de la conquête du pouvoir politique par les travailleurs, les jeunes et les paysans eux-mêmes.

Même si la bourgeoisie et les impérialistes étaient contraints par la
mobilisation des masses d’accepter réellement la mise en place d’un
régime plus ou moins « démocratique » — ce qui n’est pas acquis à ce
stade —, ils veilleraient à maintenir les bases mêmes de l’État
bourgeois, notamment ses appareils répressifs, et il n’y aurait pas de
changement fondamental dans les conditions de vie matérielles des masses.

Intervention décisive du prolétariat, de l’auto-organisation des masses et des syndicalistes lutte de classe dans les processus révolutionnaires en Tunisie

La Tunisie a subi les effets de la crise économique mondiale, avec un
ralentissement de la croissance industrielle en 2008 et une baisse de 4,5% en 2009 (quoique + 3% pour le PIB), une baisse des exportations fin 2008 et début 2009 . L’activité économique, notamment industrielle, avait retrouvé une réelle dynamique en 2010, mais est intervenue au même moment une forte augmentation des prix alimentaires de 32% au second semestre 2010 (l’inflation globale des prix à la consommation étant de 4,4%) ; les conditions de travail se sont aggravées dans de nombreuses entreprises à cause de la concurrence accrue, notamment avec le textile chinois, alors que
le secteur du textile et de l’habillement emploie près de 50% des
travailleurs de l’industrie manufacturière de Tunisie (250 000 personnes pour 2100 entreprises, la production étant essentiellement tournée vers l’exportation en direction de l’Union européenne).

Mais cela ne fait que s’ajouter au poids de la pauvreté structurelle
d’une partie importante de la population, notamment dans le centre du pays qui ne bénéficie pas du tourisme des zones côtières et où ont eu lieu les premières manifestations ; elle était devenue d’autant plus
insupportable que la Tunisie a connu une croissance importante depuis vingt ans, dont les fruits ont été accaparés par le clan mafieux de Ben Ali et les multinationales, notamment françaises. Le chômage, qui touche entre 13 et 20% de la population active selon les sources, frappe un jeune sur quatre,pouvant même atteindre 35% dans certaines villes comme Metlaoui (près du bassin minier de Gafsa), et il est particulièrement insupportable pour les jeunes diplômés, devenus extrêmement nombreux ces dernières années,comme Mohamed Bouazizi dont l’immolation a déclenché la vague révolutionnaire arabe. La jeunesse a de fait été au premier rang de la revolte et de son extension à partir du centre du pays, avec à la fois les jeunes qualifiés au chômage et les lycéens, qui sont les premiers à avoir
incendié des locaux du RCD, le parti au pouvoir, et des bâtiments officiels dans tout le pays, à commencer par les commissariats.

Les jeunes et les travailleurs ont dû très vite s’auto-organiser pour
manifester malgré la répression et pour constituer de nombreux comités de défense, avec des bâtons et autres armes de fortune, pour protéger leurs villages ou leurs quartiers des violences de la police et des milices du régime.

Dans les entreprises et les administrations, des Assemblées générales se sont multipliées et, dans un certain nombre de cas, les travailleurs ont chassé les directeurs et cadres liés au régime, comme à la Sécurité sociale, aux assurances Star (entreprise française, filiale de Groupama) et à la banque BNA. La question de l’ouverture des livres de comptes est posée par les salariés de plusieurs entreprises, qui veulent vérifier eux-mêmes l’ampleur des détournements de fonds. Dans un article du journal patronal Les Échos paru le 7 mars , Marie-Christine Corbier écrit :
« Grèves, sit-in, occupations d’usine... deux mois après la chute du
régime Ben Ali, les revendications se multiplient en Tunisie. » Elle
explique ainsi que, sous la pression des grèves, « les entreprises
françaises sont nombreuses à avoir dû concéder des hausses de salaire courant janvier » et que « l’explosion sociale touche également les entreprises tunisiennes », que ce soit pour les salaires ou pour la
pérennisation des emplois précaires. Elle cite un patron français dont
l’entreprise est bloquée par une grève et qui pleurniche en ces termes :
 

« Des grévistes m’ont dit "dégage" et on a inscrit ce slogan sur ma
voiture. » De son côté, Charles Saint-Prot, directeur de l’Observatoire
d’études géopolitiques, explique que « le chaos menace en Tunisie. Des soviets se mettent en place dans les usines. Cette pagaille risque de faire perdre de précieux points de croissance que le pays aura du mal à rattraper. Certains investisseurs, qui comptaient investir en Tunisie, se tournent d’ailleurs déjà vers le Maroc. »

Au sein de l’UGTT, la grande centrale syndicale tunisienne dont la
bureaucratie est intégrée au régime, mais qui regroupe 500 000 adhérents
et a une existence réelle dans les entreprises et les administrations, les
contradictions se développent. Jusqu’à la dernière minute, la direction
a tenté de sauver Ben Ali, mais des secteurs combatifs, voire radicaux
(comprenant notamment l’ensemble des militants hier clandestins qui se réclament du communisme) ont joué un rôle central dans la mobilisation révolutionnaire des masses. D’un côté, deux jours avant la fuite de Ben Ali, le secrétaire général de l’UGTT, Abdessalem Jrad, le rencontre et déclare à la sortie : « J’ai trouvé auprès du Président de la République une vision profonde des principaux problèmes et de leurs causes et une volonté de les résoudre. » Aujourd’hui, les dirigeants de l’UGTT font tout pour contenir les mobilisations ouvrières : comme l’écrit l’article des Échos (7 mars) déjà cité, « l’UGTT ne veut pas être accusée d’affaiblir l’économie tunisienne ». Par exemple,Mohamed Boukhari, secrétaire général adjoint de la Fédération de la STEG, l’entreprise d’électricité et de gaz, a déclaré : « Nous sommes des gens responsables. Les augmentations de salaire ? C’est très important, mais ce n’est pas si urgent. Il y a d’abord des gens qui ont besoin d’un travail. » — Mais, d’un autre côté, l’intervention de syndicalistes lutte de classe et la combativité relative de certains secteurs de l’UGTT, y compris la mise à disposition des locaux de l’UGTT que la police n’osait pas attaquer, ont joué un rôle important dans la radicalisation des masses, notamment chez les enseignants, les personnels de
la santé ou les éboueurs, à Sidi Bouzid ou à Sfax. Dans cette dernière
ville, la capitale économique du pays, l’UGTT a appelé à une grève
générale de 24h le 12 janvier, avec une manifestation de 40 000 personnes et cela a constitué un tournant dans la mobilisation, en faisant surgir le risque d’une extension de la grève à tout le pays, que la direction nationale de l’UGTT a tenté de canaliser en appelant à une grève générale nationale de 2h le 14 janvier : cela a fortement contribué à la fuite de Ben Ali.

Dans de nombreux cas, des syndicalistes s’en prennent aux
bureaucrates, comme cela a été relevé par le journal algérien El Watan
lors d’une manifestation le 17 janvier se dirigeant vers le siège de
l’UGTT, dont les permanents ont semblé « fuir de peur d’affronter les
militants de l’union ». C’est aussi sous la pression des syndicalistes
combatifs et des travailleurs que la direction de l’UGTT a dû retirer
précipitamment les trois ministres qu’elle avait accepté d’avoir dans
le tout premier gouvernement de Ghannouchi après la chute de Ben Ali.
Aujourd’hui, la question posée aux militants de l’UGTT et aux
travailleurs est de se réapproprier leur syndicat en chassant les corrompus et tous les bureaucrates et en définissant eux-mêmes l’orientation de classe à lui donner.

Enfin, ce sont de véritables conseils qui ont été mis en place pour prendre en main la gestion de certains villages ou quartiers, voire de quelques villes. C’est ainsi que des conseils ont été mis en place, avec la section dissidente de l’UGTT, dans la ville de Redeyef, près du bassin minier de Gafsa où les mineurs avaient mené une grève de six mois durement réprimée en 2008 (3 morts, nombreux cas de tortures, 360 condamnés) ; ce fut le point de départ du cycle de luttes ouvrières qui s’est développé par la suite et a fortement contribué à préparer et nourrir la mobilisation révolutionnaire actuelle. Or, à Redeyef, « c’est aujourd’hui le local de l’UGTT (qui a rompu ses liens avec la direction nationale à Tunis) qui est le véritable siège du pouvoir ; le maire corrompu est retenu chez lui dans l’attente de son procès, la police et la plupart des autorités ont disparu et la ville est auto-gérée par des conseils. Comme l’explique Adnan Hayi, secrétaire général de l’UGGT de Redeyef dans les Chroniques de la révolution tunisienne : "Grâce à l’expérience de la lutte et de l’unité de ces dernières années, nous sommes parvenus à former des Conseils dans tous les secteurs pour mobiliser la population dans la défense de ses droits et pour la gestion de sa vie quotidienne.

Notre organisation syndicale sert aujourd’hui de colonne vertébrale à la mobilisation populaire." »

En Égypte aussi, il y a eu non seulement des millions de manifestants place Tahrir et dans tout le pays, emmenés par la jeunesse, mais des éléments de contrôle dans les entreprises et d’auto-organisation sont apparus, des syndicats indépendants se renforcent (les syndicats officiels étant liés à la police et n’ayant pas du tout la même base de masse que la centrale tunisienne) et les grèves ouvrières ont joué un rôle décisif dans la chute de Moubarak en 18 jours seulement.

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Published by JEAN EMARE - dans SYNDICALE
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RIM 06/04/2011 15:24


Il est vrai que la Tunisie a connu une croissance importante depuis 20 ans, dont les fruits ont été accaparés par les familles mafieuses de Ben Ali et Trabelsi et aussi les multinationales qui ont
choisi de s’installer en Tunisie pour les compétences que ce petit pays offre ajoutées aux coûts de main d’œuvre très réduits en comparaison avec ceux appliqués dans leurs pays d’origine.
Désormais les jeunes militants et syndicalistes, cadres, ouvriers et chômeurs ont mené cette révolution et ont réussi à faire tomber le pouvoir du dictateur déchu et faire valoir leurs droits
d’expression, de liberté et de démocratie surtout et qui continuent leur bataille pour réussir la phase de transition vers la démocratie, mais malheureusement, certaines multinationales et
notamment dans le domaine des centres d’appels continuent leurs pratiques de répression des droits syndicaux et d’abus vis-à-vis des syndicalistes qui ont eu la conscience durant cette phase
délicate de la révolution de privilégier le dialogue et de préserver ces multinationales des grèves prenant en considération la situation économique du pays et le caractère délicat et fragile de ce
secteur ( centres d’appels) dont l’arrêt d’activité de quelques minutes représente des pertes énormes tant au niveau financier pour l’entreprise qu’au niveau image de marque et confiance de ses
donneurs d’ordres qui prioritisent la continuité du service pour leurs clients finaux au bout du fils. Et qui bien entendus, ont menacé comme l’a mentionné Charles Saint-Prot, de transférer le
Business au Maroc. Sanctions abusives, licenciements de délégués syndicaux, mise au placard de militants…et la liste est longue des pratiques de répression a l’encontre des syndicalistes. La
question qui se pose à ce niveau, le clan du dictateur Ben Ali est tombé, mais qu’en est il des dictatures des multinationales et notamment les centres d’appels en Tunisie après la révolution ?


JEAN EMARE 06/04/2011 15:58



Merci, pour l'information



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