A propos de la situation sociale en Chine (octobre 2009)
Par Alain Baron, membre de la
commission internationale de Solidaires (SUD)
Des éléments permettant de mieux comprendre la situation chinoise ont été publiés dans le numéro 3 de la
Revue internationale de Solidaires.
Des compléments figurant ci-dessous portent sur :
· la situation
des paysans et la transformation d'une partie d'entre eux en travailleurs migrants,
· le syndicalisme
et l'action associative en Chine,
· les activités
militantes en Chine continentale,
· l'action depuis
Hong-Kong et Taïwan,
1. La question paysanne
Aujourd'hui, environ la moitié de la population chinoise tire toujours ses revenus de la terre. La terre
appartient à l'État. Celui-ci accorde aux paysans des baux pluriannuels, mais il arrive souvent que l'État décide de reprendre la terre avant la fin du bail. La protection sociale est par
ailleurs inexistante à la campagne.
De 1978 à 1985, au début des réformes économiques, la production agricole avait augmenté rapidement. La
situation s'est ensuite dégradée pour plusieurs raisons :
1) La corruption s'est développée et a atteint des niveaux astronomiques dans les années 1980. Les autorités
locales ont mis en place une multitude de taxes. Simultanément, les fonctionnaires distribuaient les prestations publiques sous forme de reconnaissances de dettes. Résultat, les paysans n'avaient
plus les moyens d'acheter des semences et des engrais.
2) Depuis l'arrivée des OGM, les paysans doivent acheter leurs semences, alors qu'auparavant, ils
réutilisaient pour cela une partie de leur production propre.
3) Avec l'adhésion de la Chine à l'OMC, les paysans doivent subir la concurrence des produits importés. Les
informations sur la façon dont la Chine respecte ses engagements auprès de l'OMC sont difficile à obtenir.
Les coopératives qui existent poursuivent pratiquement toujours des buts strictement économiques, sans
ambition politique de développement de la solidarité.
Certes, des cultures maraîchères se sont développées près des grandes villes. Mais il s'agit de compagnies
utilisant la main d'œuvre paysanne.
"Si pour les ouvriers, le droit de s'organiser est pratiquement égal à zéro, pour les paysans, il est
de moins 20 !" entend on dire parfois.
La première chose qu'a fait Mao avait en effet été de priver les paysans de tout droit de représentation. La
raison en est simple : les paysans constituant l'écrasante majorité de la population, le pouvoir avait peur de se retrouver contesté. Pour cette raison, toute organisation paysanne a été
interdite depuis 1949. Les successeurs de Mao ont poursuivi la politique d'apartheid, et privé les paysans de la possibilité d'être représentés.
En fait, l'État chinois a pratiqué une politique comparable à celle des pays occidentaux en Afrique ou en
Amérique latine. Mais comme il n'était plus possible d'aller piller la moitié du globe, la politique suivie au niveau de la Chine a été le pillage des campagnes par les villes.
Ce que fait aujourd'hui la Chine en Afrique ou ailleurs montre bien que le Capital n'a pas de frontière et
que l'exploitation capitaliste est partout la même. La seule différence est, qu'en Chine, la bureaucratie en est partie prenante.
La mécanisation de l'agriculture est exclue car il y a trop de monde à la campagne et pas assez de terre. En
effet, la surface dont dispose une famille est en moyenne inférieure à 1 hectare, soit 80 fois plus faible que celle d'un agriculteur en France. Pour survivre, il est donc indispensable qu'une
partie des ruraux parte à la ville. Et cela d'autant plus qu'à partir de 1976, l'État s'est lancé dans une politique d'industrialisation accélérée. Ne restent à la campagne que les vieux et les
tout petits.
Tout cela débouche sur un problème majeur : comment intégrer aujourd'hui dans les villes 200 ou 300 millions
de ruraux.
2. Les travailleurs migrants (mingong)
Depuis 1978, des millions de paysans ont afflué des campagnes chinoises. On les appelle les mingong.
Ils se sont heurtés au système des certificats de résidence (hukou). Une personne née dans un village aura toute sa vie un certificat de résidence rural. Un ouvrier venant de la campagne n'a normalement pas le droit de
rester en ville de façon stable. C'est un obstacle à la défense de ses droits en tant que travailleur. Très souvent, des patrons s'entendent avec des responsables politiques corrompus pour
enfreindre les droits des ouvriers. Il leur suffit de déclarer que certains travailleurs sont des fauteurs de troubles, et ceux-ci sont expulsés vers leur région d'origine. Résultat les droits
citoyens des migrants ne sont pas respectés.
On retrouve les mingong dans le bâtiment, l'industrie et les
services (restaurants, bars, salons de coiffure et d'esthétique, le ménage à domicile, etc.).
Dans le sud, il s'agit surtout de jeunes femmes venant travailler dans l'industrie manufacturière et qui
sont logées en dortoirs. Dans le nord, où ils viennent davantage pour travailler dans les services, l'immigration familiale est plus importante.
Les migrants venus des campagnes ont constitué une nouvelle classe ouvrière qui n'a pas grand chose à voir
avec l'ancienne.
Les conditions de vie des migrants sont très mauvaises. Ils n'ont aucune sécurité d'emploi : ils peuvent par exemple travailler deux mois puis ne plus avoir de travail.
En Chine, seuls les salariés des entreprises d'État ont droit à une retraite. Les autres n'en ont
habituellement aucune, qu'ils soient d'origine citadine ou rurale.
Aujourd'hui, l'État tente de transférer en partie cette responsabilité aux entreprises. Dans le Sud du pays
il a, par exemple, obligé les entreprises à capitaux mixtes à accorder aux salariés les " 5 protections " : santé, congé maternité, retraite, etc.
En cas de faillite, le fonds de retraite disparaît avec l'entreprise. Le salarié ne peut alors espérer
récupérer que la partie correspondant au total des cotisations qu'il avait versé. Les cotisations patronales reviennent par contre au fonds social de la ville. Les mingong, n'ont en général droit à rien car ils ne parviennent pratiquement jamais à prouver qu'ils ont travaillé 15 ans sans interruption dans
l'entreprise.
Contrairement au passé, de plus en plus de travailleurs ont la possibilité d'attaquer en justice leur
patron. Mais le pouvoir prend souvent la défense du patron : les salariés perdent alors leur procès et ont, de plus, les frais à leur charge.
Le comportement de l'État envers les migrants (mingong) venus
des campagnes chinoises a commencé à changer après 2003.
Mais la crise a aggravé la scission entre les villes et les campagnes. Beaucoup de patrons ont en effet
disparu en laissant plusieurs mois de salaires impayés. Les autorités locales ont dû régler l'ardoise face à la mobilisation des travailleurs. Le gouvernement a alors poussé les migrants à
retourner au pays. Pourtant, ce sont les migrants qui ont construit les villes !
Le gouvernement voulait que le poids de la crise soit supporté par les paysans. Il avait même avancé le
chiffre de 25 millions de personnes devant retourner dans leur lieu d'origine. Mais comme il n'y a pas de travail à la campagne, 95 % des migrants sont revenus. Beaucoup d'entre eux étaient
partis depuis l'âge de 15 ans. Ils n'ont pas de culture agraire, ils ne savent pas et n'aiment pas cultiver la terre. De plus, ils ont pris goût à la vie citadine.
En ville, le niveau de l'emploi a beaucoup baissé, résultat les salaires diminuent. Beaucoup de mingong refusent d'accepter de travailler pour des salaires réduits, et préfèrent devenir vendeurs de rue.
L'État a récemment mis en chantier des travaux d'infrastructure pour employer les chômeurs.
Les plus grandes victimes de la crise sont donc les ouvriers migrants, particulièrement ceux qui venaient
travailler dans le sud de la Chine pour l'industrie d'exportation.
Il y a dix ou 20 ans, la plupart des citoyens des villes étaient xénophobes. Ils considéraient que les
mingong venaient « piquer leur boulot ». Ils les accusaient de jeter leurs ordures partout et d'enlaidir les villes. Alors qu'en réalité,
ce sont les migrants qui ont construit et embelli les villes !
Il existait chez les citadins une forme de consensus pour le maintien des injustices envers les migrants
:
- les patrons disposaient d'une main d'œuvre bon marché dans le bâtiment, les usines, les restaurants,
etc.
- les particuliers pouvaient disposer de femmes de ménage et de nounous pour leurs enfants.
En principe, il existe en Chine neuf années de scolarité obligatoire. A la campagne, la scolarisation existe jusqu'à ce qui correspond en France à la 5° ou la 4°,
et il n'y a pas de problème majeur d'illettrisme. Les enfants ne peuvent être scolarisés que dans la région d'origine de leurs parents. Si les enfants de travailleurs migrants viennent en ville
avec leurs parents, ils n'ont en conséquence pas accès aux écoles publiques. Il existe bien des écoles privées, mais elles sont hors de prix. Résultat, 2,6 millions d'enfants ne sont pas
scolarisés. De plus, avec la politique de l'enfant unique, les enfants supplémentaires n'ont pas d'existence légale. Lorsqu'ils se mettent à travailler, ils ne peuvent pas avoir de compte en
banque et doivent se faire payer en liquide.
3. La question syndicale
En Chine, il n'est pas possible de créer de syndicat indépendant de la confédération officielle
ACFTU.
Lorsque les migrants ont commencé à venir des campagnes à partir de 1978, l'ACFTU ne s'est pas occupé de leur sort. Le champ d'intervention de l'ACFTU se limitait aux ouvriers des entreprises
d'État. Pour elle, ces ouvriers d'origine rurale n'existaient pas. Elle ne les considérait pas comme des ouvriers, mais comme des paysans. Lorsque les mingong allaient voir l'ACFTU, il leur était répondu : vous n'êtes pas des ouvriers, mais des paysans, vous ne pouvez donc pas faire partie de notre
syndicat.
Dans les années 2000, l'ACFTU a fini par se rendre compte que les mingong constituaient une masse énorme d'ouvriers. Ce n'était pas des paysans qui allaient retourner à la campagne : ils faisaient un travail d'ouvrier et
allaient rester ouvriers. L'ACFTU a compris que les mingong étaient en fait la nouvelle classe ouvrière. Il s'agissait pour elle d'un véritable défi
car elle ne savait pas comment s'implanter au sein de cette population très mobile.
L'ACFTU a alors lancé un mouvement pour que dans chaque entreprise, 100 % de la main d'œuvre soit inscrite
au syndicat. Il a été demandé aux entreprises étrangères de constituer des syndicats, comme par exemple dans la chaîne de supermarchés Wal Mart. Celles-ci ont alors prélevé 2 % du salaire de
chaque travailleur et ont versé les fonds correspondants à l'ACFTU. L'activité de l'ACFTU envers les mingong consiste en la distribution de divers
produits, l'organisation de loisirs, d'activités récréatives et artistiques, la distribution de tickets pour assister à des spectacles, etc. Mais lorsque l'on demande à des mingong le nom de
leurs responsables syndicaux, ils ne savent pas qui ils sont. Très souvent, lorsque les travailleurs ont de vrais problèmes, ils n'obtiennent aucune aide de l'ACFTU.
5. Les associations
A Hong-Kong, il suffit de trois personnes pour créer une association.
En Chine continentale, il n'est possible de créer un association qu'en la faisant reconnaître comme société
commerciale. Celle-ci doit rester locale, ne pas afficher de caractère politique et ne doit pas se retrouver en conflit avec les autorités. Si une telle coloration apparaît, son existence même
est remise en cause, même si depuis 2003, une certaine libéralisation a eu lieu.
6. Quelques activités sur le continent
De nombreuses organisations locales n'émanent pas du pouvoir existent en Chine continentale. Elles se
construisent par le bas, restent toutes petites et disposent de peu de forces.
Certaines sont des permanences juridiques gratuites concernant les droits des salariés, les droits des
enfants ou le droit de l'environnement. Elles ont été mises en places par des bénévoles qui sont par ailleurs avocats, universitaires, étudiants ou encore juristes autodidactes surnommés "avocats
aux pieds nus".
Des « workers centers » sont également apparus. Ce sont des lieux associatifs où les salariés
peuvent se retrouver pour parler, lire, acquérir des connaissances en droit du travail, apprendre à parler en public, rédiger des textes, etc.
L'exemple donné ci-dessous constitue une variante originale de ce genre d'organisation locale.
" La Maison des travailleurs migrants"
1. La Maison des travailleurs migrants a vu le jour en 2002 dans la banlieue de Pékin. Cette association est
enregistrée légalement comme société commerciale. De nombreuses informations sur son activité sont disponibles sur Internet, généralement en chinois.
Son point de départ repose sur le constat suivant : alors que c'est sur les mingong que repose le développement de la Chine, ils ont le plus grand mal à faire respecter leurs droits, notamment en ce qui concerne leurs salaires et la
scolarisation de leurs enfants.
L'objectif de la Maison des migrants est de permettre l'expression de la voix de ces travailleurs, de les
aider à s'organiser pour mener une vie plus digne, ainsi que de faire changer le regard porté sur eux par le reste de la société. Cette ambition peut se résumer dans la formule « à nous
d'être plus orgueilleux pour notre contribution ».
2. Mais les mingong ne doivent pas seulement faire face à des
difficultés matérielles. Ils ont également de gros problèmes moraux. Ils pensent par exemple souvent avec nostalgie à leur famille restée au pays. C'est à partir de cet aspect que l'aventure de
la Maison des migrants a commencé. A l'occasion du 1° mai 2002, quelques musiciens ont organisé un spectacle basé sur les conditions de vie et de travail des migrants. A travers cette activité,
il s'agissait de faire en sorte que cette immense masse d'ouvriers ait sa propre voix et prenne conscience de ses droits. Beaucoup de travailleurs sont ensuite venus participer aux activités
musicales et théâtrales. Ils ont ainsi pu commencer à s'exprimer. Les spectacles ont lieu le plus souvent dans des cours d'usines. Le but est de donner une voix à ces travailleurs souvent plongés
dans une grande détresse morale. Leur nostalgie se retrouve dans les chansons faites à leur intention et qui tranchent avec celles qui sont habituellement proposées.
Un premier CD a été réalisé en 2004 qui a rapporté 7 000 euros. Deux autres CD ont été ensuite produits,
ainsi que des films documentaires et de fiction. Le titre du CD paru en 2008 était " Notre monde, notre rêve ", en référence au slogan " Un monde, un rêve " des Jeux Olympiques qui se tenaient au
même moment à Pékin. Il s'agissait de mettre en lumière l'envers du décor.
Un festival artistique des travailleurs migrants de 3 jours a eu lieu à l'occasion des fêtes du nouvel an
2009 avec musique, théâtre, films, poèmes, exposition, débats, Un autre festival est prévu en octobre 2009.
3. L'argent obtenu grâce au premier CD a
permis d'acheter une usine désaffectée et de construire une école avec des parents bénévoles. Un problème important est en effet la scolarisation de 20 millions d'enfants de mingong, dont 50 000 à Pékin. L'école a été ouverte le 21 août 2005, et accueille aujourd'hui plus de 400 enfants entre 3 et 12 ans. Cette école repose sur le
principe que tous les enfants doivent avoir les mêmes droits, et notamment celui d'aller à l'école. Malheureusement, si ces enfants veulent ensuite aller à l'Université, ils devront retourner
pour cela dans la région d'origine de leurs parents.
4. Le soir et les jours fériés, diverses formations sont organisées pour les adultes sur la législation
sociale, l'informatique, l'anglais, etc. Des projections de films suivis de débats sont organisés, ainsi que des spectacles.
5. Des étudiants aident le centre à récupérer des objets et vêtements d'occasion. Ceux-ci sont ensuite
revendus à bas prix aux migrants. Six boutiques ont été mises en place à cet effet dans des quartiers différents. Il est ainsi possible pour les migrants, qui n'ont pas beaucoup d'argent, de s'y
procurer des objets à bas prix.
Ce ne sont pas seulement des lieux de vente, mais également des espaces de vie où l'on peut venir pour
discuter, demander des renseignements ou emprunter des livres. Les enfants viennent y jouer avec leurs copains et copines.
Le petit bénéfice retiré de ces ventes contribue au financement de l'association et a permis l'embauche 20
permanents, dont 5 pour les activités artistiques.
6. Les moyens matériels de l'association restent limités : elle ne dispose par exemple que de micros de
qualité médiocre. L'association compte néanmoins aujourd'hui 20 permanents dont 5 pour les activités artistiques, La troupe de théâtre, qui compte 10 personnes, est composée en partie de
bénévoles.
7. En 2007, l'association a constitué un musée des travailleurs migrants sur le site d'une ancienne usine.
« On entend tout le temps parler de progrès économique. Nous, ce dont nous voulons parler, c'est de la culture ouvrière en exposant des objets de la
vie quotidienne donnés par les mingong ». Plusieurs organisations se sont unies et organisent régulièrement des expositions dans ce musée. Beaucoup de gens viennent s'y rencontrer.
Comme il s'agit d'un endroit un peu éloigné, un site web a été mis en place pour mieux faire connaître cette activité.
L'existence de ce musée, qui a reçu une aide financière d'Oxfam,
a valu à la Maison des travailleurs migrants d'être invitée en Espagne, en Allemagne (octobre 2010) et à La Paz (2011).
8. Les mingong représentent 10 000 des 11 000 travailleurs
résidant dans la localité où est installée la Maison des travailleurs migrants. Ils travaillent dans des petites entreprises de meubles, de portes-et-fenêtres, etc. Ils n'étaient pas jusqu'à
présent syndiqués.
Fin août 2009, le centre a reçu la visite de représentants de la centrale syndicale unique chinoise accompagnés de syndicalistes américains. Des représentants de la Maison des travailleurs migrants a alors proposé que celle-ci soit habilitée à
organiser syndicalement les migrants. Cette possibilité lui a été accordée sur la zone où est installé l'association, y compris pour les salariés allant travailler à l'extérieur de celle-ci. Les
responsables du centre aimeraient que ce nouveau syndicat ne se limite pas au respect de la législation sociale, mais agissent également sur d'autres terrains, comme par exemple la scolarisation
des enfants.
Action locale et action nationale
Il y a des intellectuels, des chercheurs, qui étudient les questions sociales et cherchent à peser sur les
politiques menées au niveau national. La Maison des travailleurs migrants est une toute petite organisation, et ne peut pas avoir ce genre d'ambition. Néanmoins, l'action d'une organisation
locale, comme la maison des migrants peut avoir une influence au delà du lieu où elle est installée.
- En raison de son originalité, les médias ont parlé du Musée des travailleurs migrants, et cela l'a fait
connaître au niveau national.
- Contrairement aux chanteurs vedettes, les chansons écrites par l'un des fondateurs de l'association
parlent de la condition des ouvriers. Un certain nombre de gens le connaissent, d'autant plus qu'il passe maintenant à la télé. Cela donne au centre la possibilité d'avoir une action dépassant la
localité où l'association est installée.
- L'association effectue également un travail de recherche notamment sur les conditions de logement des
travailleurs, et une conférence va se tenir à ce sujet.
- La reconnaissance de la pleine citoyenneté des migrants est devenu un sujet de débat national. C'est
précisément le fondement sur lequel repose la Maison des migrants.
Organiser une action nationale est toutefois impossible : il est en effet interdit de constituer une
organisation nationale. Tous ceux qui ont essayé de le faire ont été immédiatement écrasées par les autorités. Des gens ont essayé, par exemple, d'intervenir au niveau politique en créant la "
Charte 08 ", dont le nom s'inspirait de celui de la " Charte 77 " en Tchécoslovaquie. Ils ont cherché à en faire un mouvement national, et la Charte 08 a été immédiatement écrasée. Tout ce qui
peut avoir un sens un peu politique est tout de suite réprimé.
Organiser un débat national ne peut se faire qu'avec le soutien du gouvernement. Il y a eu par exemple en
2008 un débat national autour du nouveau Code du travail. Le gouvernement avait encouragé les gens à donner leur avis sur Internet. Plus de 100 000 personnes l'ont fait. Des groupes se sont
réunis pour faire des propositions, notamment au sujet des mingong.
Mais c'est le seul exemple de débat de ce genre, et il était entièrement organisé par le gouvernement.
Ensuite, d'autres lois ont été mises en place, notamment celle concernant les litiges au travail, mais on n'a plus entendu de parler de participation de la population.
Le gouvernement ne veut en effet pas donner à nouveau l'occasion à la population de formuler ses
revendications. Il ne veut pas renouveler l'expérience ayant eu lieu à propos du nouveau Code du travail.
Une situation nouvelle existe toutefois depuis l'arrivée d'Internet :
- Il y a eu, par exemple, l'affaire Sun Zhigang
un mingong qui avait été battu à mort parce qu'il n'avait pas de permis de résidence. Cette affaire a été révélée par Internet. Résultat, le système permettant
d'arrêter toute personne n'ayant pas d'autorisation de résidence a été abrogé.
- Il y a également le cas récent d'une masseuse dans un hôtel qui, pour se défendre, a tué un cadre qui
voulait la violer. Suite au scandale provoqué par son arrestation, cette femme a été relâchée.
Il ne faudrait pas en déduire pour autant qu'Internet soit libre en Chine continentale. D'après un journal,
il y aurait même 3 millions de policiers chargés de sa surveillance. Mais les gens sont
malins, et ils arrivent à passer à travers la censure.
7. Les actions menées depuis Hong-Kong et Taïwan
Il existe à Hong-Kong, mais aussi à Taïwan, de nombreuses petites associations dont les animateurs appartiennent à
diverses sensibilités : altermondialistes, syndicalistes, féministes, écologistes, militants de la gauche radicale, chrétiens, etc. Elles cherchent à dénoncer le comportement des investisseurs
étrangers en Chine continentale et soutenir les luttes des salariés.
Globalization Monitor (Hong-Kong)
Cette association a été fondé en 1999.
Au début, elle publiait seulement une revue papier dont 18 numéros sont sortis. Les articles portaient sur la mondialisation, les associations, la situation des femmes, etc.
A partir de 2004, GM a réalisé des études sur les entreprises à capitaux étrangers en Chine qui emploient
des migrants particulièrement exploités.
En 2007, GM s'est intéressé au cas d'un ouvrier victime d'une intoxication en travaillant dans une usine
Gold Peak où tous les ouvriers sont des mingong. Cette entreprise dont le siège est à Hong-Kong, fabrique des piles électriques a des usines à
Hong-Kong et Taïwan. Ses dirigeants connaissent donc la réglementation internationale et par conséquent les règles à respecter en Chine continentale. Dans cette entreprise, 700 ouvrier(e)s ont
été intoxiqué(e)s par le cadmium, un produit cancérigène. En fait, il est possible de produire ces piles d'une façon sure, mais les procédures prévues n'ont pas été respectées.
L'intervention de GM a été un succès : les autorités locales ont été contraintes de recevoir les
travailleurs/euses et de faire des compromis. Quelque soit la qualité du travail de GM, l'essentiel, repose sur le fait que les travailleurs se prennent en main et agissent. Les
travailleurs/euses de Gold Peak étaient déterminé(e)s à se battre et GM n'a fait que leur fournir une aide. GM s'est également intéressé à d'autres entreprises à capitaux danois, allemands et
taïwanais. Elle mène une enquête sur le groupe français Louis Vuitton.
En tant qu'association de Hong-Kong, GM peut avoir un rôle très spécifique, car Hong-Kong est rattaché au
territoire chinois depuis 1997. La République populaire de Chine avait promis "un pays, deux systèmes". Le système capitaliste a donc été maintenu à Hong-Kong, avec les libertés qui existaient du
temps de la colonisation britannique. Depuis le mouvement de la place Tien-An-men en 1989, les autorités chinoises ont tendance à considérer qu'Hong-Kong est un réservoir de militants. GM a
l'avantage de pouvoir intervenir auprès des sièges d'entreprises ayant investi sur le continent et utiliser les média. Cela permet de contraindre les compagnies à faire des
compromis.
Globalization Monitor ne fait pas de différence entre les patrons quelque soit l'origine de leurs capitaux.
Souvent, dans les entreprises appartenant entièrement à des Chinois du continent, les ouvriers sont encore plus exploités. Des organisations s'occupant de défendre les migrants existent sur
place. Elles cherchent à discuter avec les patrons, et lorsque cela ne débouche pas, elles agissent en justice contre les patrons et les autorités locales.
En tant qu'organisation de Hong-Kong, GM est considérée comme "extérieure". Sa stratégie est donc forcément
différente : GM intervient surtout par rapport aux entreprises à capitaux étrangers et en particulier les multinationales.
Un des objectifs de GM est de mettre en place des liens internationaux, parce que ces problèmes concernent
les travailleurs du monde entier.
GM cherche à avoir des relations internationales avec toutes sortes d'associations, de syndicats, ainsi
qu'avec le Bureau international du travail (BIT). GM a bien sûr des relations privilégiées avec des syndicats de Hong-Kong. GM était venu l'an dernier en France à l'invitation de l'association
Peuples Solidaires qui a fait circuler des informations sur les cas sur lesquels GM intervient.
Labour Watch (Taïwan)
Le travail essentiel de Labour Watch est
d'essayer de créer des liens entre les travailleurs de Chine continentale et ceux de Taïwan pour qu'ils communiquent et agissent ensemble. Taïwan est le premier investisseur étranger en Chine
continentale. Cela n'apparait pas dans les statistiques, car beaucoup d'investisseurs taïwanais passent par Hong-Kong afin de contourner les restrictions qui leur sont imposées. Des liens étroits
existent entre les capitalistes de Taïwan et les autorités locales de Chine continentale, car les investisseurs taïwanais créent beaucoup d'emplois.
Certaines entreprises de Taïwan sont totalement intégrées à la Chine continentale : au moment des Jeux
olympiques, elles ont demandé à être considérées comme des entreprises chinoises. Et comme les autorités locales veulent les attirer, elles leur ont accordé ce statut et les avantages que cela
procure.
De nombreux problèmes existent entre travailleurs et capitalistes taïwanais. Des petites entreprises
taïwanaises peuvent devenir très grosses en Chine, car la main d'œuvre est très bon marché. Certaines deviennent même des multinationales. En 2008, parmi les entreprises étrangères installées en
Chine continentale, 5 des 10 plus grands exportateurs étaient à capitaux taïwanais.
L'entreprise Foxconn qui produit notamment des ordinateurs et des Iphone pour Apple emploie par exemple plus
de 600 000 salariés. Pour accéder à une de ses implantations, Foxconn dispose même de sa propre sortie d'autoroute !
Des multinationales comme Dell, HP et Fujitsu utilisent des Taïwanais pour intervenir en Chine continentale.
Leur rôle est de faire baisser au maximum le prix de la main d'œuvre.
Dans les usine taïwanaises du continent, le personnel subit fréquemment des insultes et des coups. Un
ouvrier de Foxconn soupçonné d'avoir volé un Iphone a été battu pendant son interrogatoire et s'est suicidé en se jetant du 12° étage.
Un travailleur qui avait perdu une main dans un accident du travail, deux semaines après son embauche, a
essayé de discuter avec deux responsables taïwanais de son usine pour obtenir une compensation. La discussion a dérapé et il a tué les deux responsables. Les médias taïwanais se sont contentés de
dire qu'un travailleur avait tué deux taïwanais ! Dans cette affaire, Labour Watch s'est efforcé de faire en sorte que l'ouvrier ne soit pas condamné à mort, et de faire comprendre aux ouvriers
chinois et taïwanais qu'il s'agissait en fait d'un problème entre capitaliste et ouvrier.
[6] Voir notamment le n°3 de la Revue
internationale de Solidaires p 51