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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 21:32

 

1. Analyse de la situation : 

 

a- L'origine de cette révolution :

 

C'est bien une révolution qui se déroule en Tunisie, et non un soulèvement ou révolte comme veulent la faire passer certains médias ou politiciens. C'est une révolution populaire qui n'est ni l'apanage des jeunes uniquement ou des opposants mais de toutes les catégories de la société, hommes et femmes, chômeurs et travailleurs,... Le rôle du syndicat est indéniable surtout qu'il est l'unique réelle opposition en Tunisie depuis plusieurs années, même si la direction est en partie inféodée au pouvoir et souffre de quelques problèmes liés à la bureaucratie interne.

Il faut faire attention à ne pas croire que c'est une révolution spontanée, même si aujourd'hui l'opposition au pouvoir clame que c'est un acte spontané, notre lecture nous permet de voir dans cette révolution bien plus que cela. Certes c'est un éclatement spontané et sans direction, mais le mouvement qui a permis aux manifestations de faire tomber Ben Ali et veut actuellement faire tomber le RCD s'est construit dans le temps et a des causes structurelles et conjoncturelles claires. En deux mots les causes sont d'ordre sociales, économiques et politiques :

- Les causes sociales et économiques : il s'agit de la conjoncture économique mondiale de la crise du capitalisme d'une part, et de la maturation d'une mondialisation capitaliste qui enferme les travailleur-euse-s dans un système d'exploitation poussé. Par ailleurs, des choix économiques et financiers (plan d'ajustement structurel, accord de libre échange avec l'Union Européenne, dette auprès de la Banque Mondiale et les bailleurs de fonds internationaux) ont causé une baisse des investissements (santé, éducation, services sociaux, …), une privatisation des industries les plus performantes, une paupérisation de l'agriculture locale en faveur de l'agriculture à l'exportation, l'accroissement des zones de libre échange où le droit de travail est inexistant et les abus des patrons voyous se sont multipliés surtout dans le secteur textile. L'économie est basée sur les services notamment le tourisme avec des boulots saisonniers et sous payés.

- Les causes politiques : un état policier où tout est sous contrôle (140 000 policiers, autant que la France...), Internet, médias, opposition,...

On peut lire dans le mouvement social actuel l'aboutissement d'un cycle de mobilisations et de mouvements dont les principales dates sont les suivantes :

1999 - lutte de Taoufik Ben Brik pour sa liberté d'expression et de voyage

2000 - mouvements lycéens ;

2002-2003 - deuxième Intifadha

2004-2005 - répression sauvage à l'encontre des jeunes internautes et islamistes (salafistes) ;

2008 - Gafsa- Redeyf.

2009 - Skhira

2010 juin - Ben Guerdane,

2010 décembre - Sidi Bouzid

Lorsqu'on voit cette chronologie qui n'est pas exhaustive, on remarque que finalement cette génération de jeunes née sous Ben Ali et la dictature la plus dure n'est pas apolitique comme essaye de nous faire croire les analystes. Cette génération est allée à l'université où elle a vu le syndicat étudiant, elle a eu des diplômes, et de retour chez elles le boulot n'est pas possible ou lorsqu'il y en a il faut graisser des fonctionnaires ou des petits entrepreneurs.

La question du chômage des jeunes en Tunisie n'est pas nouvelle, depuis 2002 l'État a compris qu'il y a un problème d'embauche pour ces jeunes diplômés, l'unique solution qu'il a trouvé c'est d'encourager l’autoentrepreneuriat avec des crédit spéciaux pour les étudiants. Mais ce système, en-dehors d'accroître la corruption et les abus, n'a donné aucun résultat.

Ainsi ce qui ce passe aujourd'hui n'est que la continuité de ces cycles.

 

b- L'armée :

 

L'unique sang qu'elle a sur les mains, c'est celui du peuple tunisien, notamment lors des émeutes du pain de 1984 (100 morts). C'est une armée qui est arrivée après l'indépendance (120 000 engagés et volontaires), formée par les américains, à la différence de la police qui est proche de la France ; l'armée est plus proche des USA. Qui la contrôle ? le RCD, et si elle n'est pas intervenu dans la répression à Sidi Bouzid c'est qu'elle a reçu l'ordre de la diplomatie américaine qui depuis quelques années a relativisé son soutien à Ben Ali.

 

c- Quelle lecture politique aujourd'hui ?

 

- L'UGTT et l'UGET, syndicat général et syndicat des étudiants, sont les deux structures qui peuvent mobiliser et bloquer le pays. Même sous la dictature ces deux institutions ont entrepris des grèves et des mobilisations.

- Le PDP se voit déjà au pouvoir et son chef Chebbi se voit président, ce qui explique son rôle dans le gouvernement et les discours anti-manifestations des derniers jours.

- Ettajdid (ex PC), proche du PCF en France, rêve aussi de pouvoir, mais en l'absence d'un chef charismatique il table plus sur une stratégie de différentiation par rapport au PDP et cherche à se positionner pour les législatives.

- Ennahdha (islamistes) : 30 000 prisonniers sous la dictature, l’organisation qui a payé le plus gros lot ces vingt dernières années. Quasi-absente de la scène politique et sociale tunisienne depuis les années 90, la reprise de la vie démocratique va lui permettre de travailler et avec ces 30 000 ex-prisonniers elle est la plus grande force politique après le RCD. Elle a à son passif deux attentats en 1990-1991 et un discours pacifiste qui se veut dans la continuité de celui du AKP en Turquie.

- PCOT : marxiste pro albanais, c' est aujourd'hui la force de gauche la plus en vue avec un chef symbole de la lutte contre la dictature dans la personne de Hamma Hammami et une implantation dans les syndicats et dans certaines régions.

- PSG : scission du PCOT qui est aujourd'hui plus sur une ligne réformatrice et se veut plus socialiste que communiste

- d'autres organisations de gauches existent, plus fragmentées et avec des variantes nasseriennes, nationalistes et pan arabe.

- Les trotskistes sont toujours là, implantés surtout dans le syndicat.

 

2. Rencontre avec le PCOT : 

 

Compte tenu de la situation, le CE du NPA a demandé à rencontrer le PCOT.

 

Compte-rendu de la réunion NPA / PCOT du lundi 25 janvier

La situation révolutionnaire en Tunisie bouleverse l'échéancier de notre parti, et c'est une excellente chose. La rencontre avec le Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie envisagée depuis longtemps s'est ainsi concrétisée lundi 25 février au local du NPA, à la veille du départ d'une délégation du NPA, et à l'invitation de plusieurs organisations dont le PCOT. Olivier et Wassim rencontreront à Tunis les responsables nationaux de l'organisation. Cette première rencontre «officielle» de nos deux partis a été positive, de l'avis général de tous les camarades de la délégation (CE, Commission Internationale, Commission Maghreb). Elle a évidemment porté sur l'analyse de la situation politique en Tunisie, et pour ce qui concerne le NPA, sur les responsabilités de notre organisation, tant en terme de solidarité immédiate au processus révolutionnaire en cours, et de lutte contre le gouvernement français actuel, complice de Ben Ali.

 

a. Analyse (très rapide) des camarades du PCOT) :

 

1. Il n'y a rien de purement spontané dans l'insurrection « démocratique » actuelle. Elle est le fruit d'un long travail dans l'ensemble de la société tunisienne des forces progressistes. Le premier acte étant Gafsa.

 

2. On peut qualifier la phase actuelle de révolution démocratique et populaire qui a mis en mouvement et agrégé la jeunesse, les femmes, les syndicalistes et les organisations de défense des droits de l'homme.

 

3. Il n'y a ni « poussée » ni « danger » islamiste dans le cadre actuel. Le risque est agité essentiellement par les partisans de Ben Ali, mais l'expression du mouvement populaire contredit d'avantage chaque jour cette propagande.

 

4. La tâche immédiate est de protéger la révolution et défendre la population contre les exactions des milices de Ben Ali, créer partout des structures de pouvoir populaire, ce qui est la traduction des slogans actuels des manifestations : « Dehors le gouvernement, pouvoir populaire ! » Il faut un gouvernement provisoire non corrompu et accepté par le mouvement populaire. La prudence est de mise contre les possibles « retours de bâton » de forces (fractions de l'armée et de la police) fidèles au dictateur.

 

5. L'objectif à moyen terme est de consolider une situation de double pouvoir, instaurer un vrai pouvoir populaire, mettre en cause les institutions et initier processus constituant.

 

b. Propositions faites par le NPA :

 

1. Le NPA met tous ses moyens pour développer la soutien à la révolution tunisienne : participation aux cadres unitaires – en engagement de l'ensemble de ses militant-e-s et en particulier des jeunes à développer l'information et le soutien. Diffusion de tracts nationaux -confection d'affiches...

 

2. Le travail du NPA ne saurait se limiter à la simple solidarité, il doit dénoncer les responsabilités écrasantes des gouvernements successifs qui en France ont soutenu la dictature.

 

3. La conférence anticapitaliste méditerranéenne qui se tiendra à Marseille les 7 et 8 mai prochain revêt une importance tout à fait exceptionnelle dans le contexte de la révolution tunisienne. Les camarades du PCOT avaient d'ailleurs été de ceux qui avaient répondu positivement.

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