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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 13:17

Pour voir les épisodes précedents cliquezé sur la rubrique feuilleton. 

 

  C'est l'heure du gueuleton. Tout est prêt, Mathilde a bichonné le repas. Ninon fait signe qu'elle a pas faim mais l'homme au chien succombe aux charmes de cette agape. Le chien est déjà convaincu et son regard reconnaissant pour ce qu'on lui a donné tente quand même d'obtenir du rabiot.

 

            Mathilde exprime son souhait de rentrer avec eux à Lyon, car trop isolée ici dans une maison trop grande et trop dure à chauffer.  Elle propose une petite promenade post pransale à laquelle Ninon n'a pas voulu s'associer. À présent elle les regarde s'éloigner en direction du Bourg et de l'église. Il trouve que c'est beau ici. Comment lui expliquer se dit Mathilde pour qui ce sont surtout des années d'enfance malheureuse qui sont inscrites sur ces chemins et ses murs de pierre.

 

            La bagnole s'est arrêtée dans le noir à proximité de la vielle église. Deux sicaires à son bord. Dans   la maison, le feu est capricieux mais ses sautes d'humeur permettent néanmoins de cuisiner. La lumière est faible car l'installation électrique est aussi vieille que Mathilde, Les fils de cuivre enrobés de tissu. Chacun reste confiné dans son silence. La cuisinière prend sa vitesse de croisière et laisse entendre un ronflement qui couvre les soupirs du chien qui dort en s'agitant. Les deux sbires marchent sans bruit. Par  la fenêtre de la cuisine qui donne sur un petit pré, le plus avancé des deux voit les têtes penchées autour  de la table. C'est parfait, tout le monde est là. Un formidable coup de pied a ouvert l'huis à double battant. En deux pas dans le vestibule, le chauve à saisi la poignée de la porte de la cuisine tout en gardant son arme bien en main. Le chien et son maître ont réagi ;  la bête en bondissant, le maître en se saisissant  par réflexe d'un couteau de cuisine. Le chien n'est pas encore au sol qu'il est déjà mort et son maître ne lui survit que quelques instants. Mathilde est restée comme pétrifiée et sa position dans la mort restera la même. Ninon est au sol. Le corps criblé. A part le bruit un peu sourd de la chute des corps, les tirs ont fait moins de bruit que des bouchons d'Asti  Spumante. Le foyer ronronne tranquillement. Le tueur à l'alopécie clôt à la main et en douceur la porte de la maison avec autant de sérieux et détermination qu'il a mis à l'ouvrir à coups de pied.     

           

            Claude Brozzoni, l'Abergement de Varey, janvier 2010.  

 

 

   FIN

 

  Toutes les droites pour „La Maldonne de Lugdunum“ appartiennent à son auteur (Claude Brozzoni).

 

   

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 12:44

Comme ils sont engagés dans la Valle di Susa, Mathilde souhaite qu'il fasse un détour par le monastère sacré de San Michèle où se trouve un ex-voto qui l'attend.

Ce n'est pas la foi qui l'incite à proposer cette escapade à ses compagnons de route. Cette abbaye est à l'image de ce que fut sa vie : toute d'assauts et de ruines. Et puis, lorsque le pape Grégoire XV décida de supprimer ce monastère, en 1622, les murs n'abritent plus que trois personnes. Détour prémonitoire?

Puis c'est la route qui les reprend.

Comme ils approchent du but, Mathilde souhaite qu'on fasse un détour par  les rives du Lago d'Iseo  et qu'on aille ensuite dans la vielle ville de Bergamo città alta . Le conducteur accepte.

En dépit des ans tout est conforme à son attente. Le vol des oiseaux qui ne renoncent jamais à trouver à becqueter. Le lac s'étale jusqu'à un horizon absorbé par l'obscurité des Orobie. Les pré-alpes bergamasques ne sont jamais rieuses même sous le soleil qui s'est invité dans leur vadrouille.

Ninon voit son angoisse croître démesurément. Les cabines téléphoniques italiennes, pour pittoresques qu'elles soient, ne fonctionnent qu'avec des cartes achetées dans les bureaux de tabac ou les agences d'Italcom dont les horaires d'ouverture ne coïncident pas avec celles de leurs pauses.

Le chien et Mathilde sont allés près de l'eau en se faufilant entre les joncs et les roseaux. Elle se retourne. Ils ne sont pas descendus de l'auto et l'attendent. Ils ne vont pas être à elle  longuement, il faut qu'elle savoure ces instants. Mathilde et le toutou réintègrent la bagnole. Ils dégagent un parfum de vase. Elle pense qu'ils la transbahutent comme une vieille chose sympathique, préoccupés par leurs embrouilles au sujet desquelles elle sait que dalle.

 

On accède à la Città Alta en contournant furtivement la ceinture des remparts. Lorsqu'ils pénètrent par la porte principale et foulent le revêtement pavé, les voies sont vides. En revanche, sur la piazza del Duomo, devant  la basilique Santa Maria Maggiore, c'est l'effervescence car on y tourne un film. Les comédiens, les figurants et les assistants en tout ce qu'on veut s'agitent autour d'un véhicule resplendissant. Un type en jaquette investit le siège du conducteur. Un probable  assistant du metteur en scène lui donne en gesticulant des instructions quant à trajet à parcourir. Il indique une direction. Les badauds comme hypnotisés fixent l'index pointé sur une femme qui se tient coite à l'autre extrémité de la scène. Environ trente cinq ans, maquillage trop accentué, coiffure bouffante. Elle paraît danser. Un autre assistant lui explique avec application ce qu'elle doit faire. Ça caille. Des autocollants RAI 2 sont partout visibles.

Le clap. La voiture se meut, la femme aussi et ce qui doit arriver n'arrive pas car on entend un coup de feu et la nana s'écroule. Mathilde a couiné, l'homme au chien est tétanisé et Ninon pétrifiée.

-        On la refait, gueule un porte-voix en italien.

Conciliabule entre les différents protagonistes. À la sixième reprise les badauds sont tentés d'aller baguenauder ailleurs mais comme la pause est décrétée, c'est un joyeux bordel qui s'installe et que Ninon met à profit pour tenter d'appeler ses commanditaires. Ça répond dès la première sonnerie. Elle se magne,   elle se goure. Elle a été obligée de les accompagner en Italie. La voisine décatie et le loustic. Mais ce n’est pas loin quand même. Ils seront de retour à temps. Ils sont à Bergamo et la description de la place et du porche des lions roses n'a pas l'air d'inspirer son interlocuteur.

           

            L'homme d'en face de chez Mathilde est las de toutes ces vacuités. Ils ont vraiment l'air d'avoir mis les bouts pour une longue durée. A présent que le départ de sa femme ne l'emmerde plus, c'est celui de Mathilde qui le chagrine ainsi que celui de Ninon dont la démarche chaloupée lui permettait de rester à quai.

 

            Quand ils sont parvenus à destination, l'obscurité de la nuit les avait précédés.

            La journée est à l'ouvrage depuis un bout de temps tout comme Mathilde d'ailleurs. Ninon est encore au chaud dans les bras de l'homme au chien. Dans la minuscule cuisine au rez-de-mulatière Mathilde a réussi à mettre en route la vieille cuisinière à bois et à charbon. Le ciel est gris et il fait froid. Ninon a du mal à accepter que l'Italie ça puisse ne pas évoquer o sole mio  et nel blu dipinto di blu.

           

            Mathilde leur a indiqué les ballades possibles sans les accompagner mais le temps est menaçant et en empruntant un sentier qui semblait prometteur, ils débouchent sur un lotissement digne des quartiers pavillonnaires dont les Français sont si friands.

            Plus loin, néanmoins, la montagne redevient attachante avec ses murettes, ses trebuline et son absence totale d’humains.

            L'homme au chien est désemparé par la mine anxieuse, déformée par le déplaisir que lui offre Ninon. Il espérait...Il espérait quoi au fait? Il aurait qu'elle apprécie ce périple inattendu, qu'elle s'exclame quand ça vaut la peine. Ne sort de son mutisme que pour éclater en sanglots. Elle se laisse entourer par deux bras.

 

Claude Brozzoni, l'Abergement de Varey, janvier 2010.  

 

 Toutes les droites pour „La Maldonne de Lugdunum“ appartiennent à son auteur (Claude Brozzoni).

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 01:20

Ils sont repartis et lui il est revenu avec un bagage qu'elle regarde avec effroi. Il faut qu'il lui montre que c'est une clarinette et pas autre chose. Il lui propose un concert privé après la collation. Elle ne moufte pas. Il ajoute qu'ils partent elle, le chien et lui avec Mathilde. Oui, la vieille voisine qui ...oui bon, elle sait. Elle ne veut pas. Sauf s'ils sont là lundi matin. Il promet. C'est juste un  aller retour.

La clarinette s'est échappée de la mallette mais elle pense à un flingue. A l'histoire glauque, sordide et meurtrière racontée par son ravisseur chauve. Elle pense à Villefranche-sur-Saône. Elle trouve que c'est  beau la clarinette mais chiant aussi.

Mathilde est sur le trottoir. C'est courant pour elle. Ou plutôt ce le fut. Là c'est pour attendre. La môme Ninon arrive suivi du chien et du maître au chien. A peine installée à la place du mort, elle pleure. De bonheur.

 

Le voisin d'en face de chez Mathilde, à chaque bruit bizarre dans on logis, ne peut s'empêcher d'aller  vérifier que ce n'est pas sa fugueuse qui est revenue. Là, quand il regagne son poste d'observation il les voit le dégarni de la crête et son partenaire. Peut-être qu'il va servir à quelque chose, savoir ce qui se passe. Il est prêt sans qu’on ne lui demande rien à reconnaître qu'ils partirent. Tous.

Mais il ne peut pas. Son gosier est en grève. Des jours sans rien dire ça doit altérer les capacités d'expression. Demain il fera ce qu'il voudra. Même faire des emplettes.

 

De temps à autre, il lorgne dans le rétro pour mater Ninon. Elle affecte de pioncer. Chaque fois qu'un poste de téléphone se présente sur leur route, elle tente d'appeler.

Le ci-devant citoyen au chien se souvient de voyages plus heureux avec Sophie.

Dans d'autres circonstances, ça lui plairait d'être accompagné de deux personnes aussi parfaitement dissemblables.

Pause casse-croûte.

Ninon annonce qu'elle va bigophoner une fois de plus.

Mathilde joue un peu la maman au restaurant...elle irradie de bonheur...

Elle demande :

-        Vous appréciez bien la petite?

Il acquiesce.

Elle a du pep?

Elle ne doit pas être facile?

Il opine.

D'ailleurs la voilà qui rapplique un tirant la gueule. Elle aimerait savoir ce qu'elle doit faire. 

À Mathilde ça lui plairait de les trimbaler partout...Dans la montagne, dans la plaine, au bord des lacs...

Pas le temps pour les visites, a dit l'homme au chien, en quêtant l'approbation même silencieuse de Ninon qui ne songe qu'à un truc : tenir quelqu'un en ligne et qui la rassure.

 

Claude Brozzoni, l'Abergement de Varey, janvier 2010.

   Toutes les droites pour „La Maldonne de Lugdunum“ appartiennent à son auteur (Claude Brozzoni).

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 21:16

Ninon n'y a jamais mis les pieds et Sophie ne l'avait fréquentée que trop rarement à son goût. Il récupère sa clarinette et redescend les pentes pour se retrouver devant le bar où Ninon racole encore même si elle utilise de plus en plus internet. Il ne l'aperçoit pas. Gêné qu'il est le gars. Il n'a pas le droit d'y pénétrer car c'est comme son bureau à Ninon, ce zinc. Il va pour se replier chez Ninon mais dans la rue, on l'interpelle. Il se fait plus attentif et reconnaît au premier étage la tronche de la Mathilde qui l'avait suivi et détaillé sans vergogne.

 

Elle se fait implorante. Elle veut un petit service. Elle doit lui expliquer discrètement. Il faut qu'il monte une minute. Il n’a quand même pas peur d'une vieille femme.

 

Il s'aventure dans une superbe pagaille. Elle lui offre de suite un petit quelque chose. Il ne peut pas refuser. Elle lui dit son nom et reconnaît un rien gênée qu'on la nommait Macadam Mathilde rapport à son ancien turbin de péripatéticienne. En la regardant mieux il voit l'avenir éventuel de Ninon et ça le fait flipper. Il élude quant à ses activités. Il veut savoir pour le service. Elle lui narre. La jeunesse, le départ, la mort des vieux. La maison de famille construite par un aïeul qu'elle possède encore en Lombardie et que comme ses jambes la soutiennent comme la corde soutient le pendu c'est très dur d'utiliser le train puis l'autocar et qu'elle a jamais conduit...

Il a dit que oui, pas de problème, il peut l'emmener quand elle veut. Demain, après-demain. Oui, ils prendront la môme Ninon et le chien.

 

Elle est heureuse Mathilde comme ça fait un bail qu'elle ne l'a pas été. 

Le mec d'en face a vu le gonze au cabot entrer chez Mathilde et ça le gonfle.

Les mecs qui surveillent l'appartement de Ninon ont vu le gonze au cabot sans le chien regagner  l'appartement de Ninon. Laquelle fait mine de rien, ni ne se meut ni ne s'émeut de sa venue. Il pense que leur histoire bat de l'aile et redescend pour tenter de joindre Sophie et n'obtient qu'une réponse préenregistrée qu'une voix sans émotion lui délivre. Il laisse quand même un message à la voix. Il veut la rejoindre dans quatre jours.

Il est toujours sous surveillance.

 

Ninon les entend rappliquer. Bêtement elle avait songé qu'ils avaient pu disparaître. Plus de Villefranche-sur-Saône elle aurait assumée. Mais non ils étaient là.

 

Claude Brozzoni, l'Abergement de Varey, janvier 2010. 

Toutes les droites pour „La Maldonne de Lugdunum“ appartiennent à son auteur (Claude Brozzoni).

 

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 23:04

Deux tontons flingueurs le regardent sortir du rade puis démarrent leur caisse pour pour le filocher. Le conducteur est tout ce qu'il y a de plus déplumé du monticule alors que son camarade à une coupe de balais de chiottes.

 

Le suivi se magne et continue sa promenade jusqu'à la rue Sainte Marie des Terreaux qu'il escalade.

Il est dans l'indécision la plus totale. L'appartement de la môme Ninon n'est pas rassurant. La vieille femme qui le matait lui a filé les chocottes. Il aimerait bien que Ninon soit là. Même sa bestiole est à côté de ses pattes.

 

Avant Ninon, juste avant et même encore un peu beaucoup dans sa tête, il y a eu  Sophie qui a bêtement voulu regagner ses pénates d'enfance. Son départ a sonné le glas de leur romance. Il est prêt à s'éclipser à tout moment que Ninon lui demande ou qu'il en éprouve la nécessité.

 

L'homme d'en face de chez Mathilde ne cesse de le jauger avec rancœur et jalousie. Sur la montagne de l'amour , c'est celui qui grimpe qui  a de l'espoir et lui,  qui reluque à travers son carreau, il dégringole. 

 

Assise au comptoir d'un boui-boui exigu, avec deux consœurs et la taulière comme compagnie, Ninon attend un acquéreur de tendresse tarifée . Il arrive, sous les traits d'un inconnu dégarni de la cime et il cause d'abord en aparté avec la tenancière qui revient pour dire à Ninon que le micheton c'est pour elle et qu'il y a le feu au lac . Elle a pas encore réalisé ce qui se passe qu'elle se retrouve embarquée comme un colis et débarquée dans local assez peu sympathique où ses ravisseurs lui mettent un marché en main. Samedi, elle emmène sous n'importe quel prétexte, l'homme au chien sur les bords de Saône. A Villefranche-sur-Saône-, près du port fluvial. On lui file un croquis, un numéro et une heure. Si elle n'accepte pas, elle est morte. Ils reprennent la Ninon empaquetée et la larguent à Gorge de Loup sans même un ticket de métro. Les bords de Saône qui reviennent dans son actualité ont une saveur de nostalgie amère. Elle finit par arriver à l'Hôtel de Ville- Louis Pradel.

 

Elle ne rapplique jamais à cette heure-là. Jamais avant l'aurore. Il y a quelque chose qui cloche. L'homme d'en face de chez Mathilde est attentif. Il ne dort plus. Avant il passait des heures à attendre que sa dulcinée réintègre le domicile conjugal. Quand elle était revenue, il s'endormait. Depuis qu'elle a vraiment mis les voiles, c'est insomnie non stop. Alors, forcément, il subodore un cheveu dans le potage.

L'homme au chien est justement sorti sans et le regrette.

 

Il rend visite avec circonspection à son propre logement sur le Plateau , qu'il a déserté car potentiellement connu de ceux qui le cherchent.

 

Claude Brozzoni, l'Abergement de Varey, janvier 2010.  

 

 

  La suite la semaine prochaine

  Toutes les droites pour „La Maldonne de Lugdunum“ appartiennent à son auteur (Claude Brozzoni).

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 07:24

Elle a ramassé Bergamaschi nel mondo qu'on a glissé dans sa boîte. En l'épluchant dans toutes ses rubriques, c'est la carte de ses amours de jeunesse qu'elle retrace. Si elle retournait là-bas, elle serait  encore plus larguée qu'une touriste égarée. Elle lit quand même les articles jusqu'au bout sans bien savoir pourquoi ni sans être certaine d'avoir bien tout compris. Aujourd'hui, c'est la dèche. Ce que l'âge lui a laissé de matière grise est accaparé par le mec au chien. En relevant les yeux , elle voit l'autre d'en face. Le cave. S'il n'a pas pigé que sa  Juliette ne reviendra pas, c'est qu'il est vraiment irrécupérable comme Roméo. Il ne reste plus à Mathilde qu'à attendre l'heure de sa virée vespérale au bistrot.

 

L'homme abandonné derrière ses persiennes a lui aussi entendu le bruit des talons de la môme frêle et sautillante qui enchante la rue et navigue à tribord de l'homme au chien. Son entreprise aussi l'a  abandonné. Normal, il est possible que sa bien-aimée se soit repliée chez son ex-employeur à lui qui était aussi son ex-amant à elle.

 

De la période où elle tapinait Mathilde a conservé la nécessité d'arpenter le trottoir et de rencontrer ses contemporains et ses condisciples dans les troquets. Chaque après-midi une visite s'impose au Bar du Plâtre.

Son manteau sur les épaules et son incarnat sur les babines elle ne saurait déroger au pinard du bar accompagné d'une clope. Elle pénètre précautionneusement car l'âge est sans pitié. La rue du bât-d'argent regorge de gens au moment où les commerces dégueulent leur camelote sur le bitume, où toutes les senteurs se mêlent et où les bars absorbent les poivrots du soir en avance. Elle pourrait s'arrêter avant le Bar du Plâtre mais ce serait peine perdue. Au bar du Plâtre elle peut encore trouver des commères qui furent pulpeuses et qu'elle embrassait comme du bon pain malgré le fard quand elles faisaient leurs entractes. C'est elle que l'âge a le plus malmenée mais ça fait une paye qu'elle est séparée de son anatomie alors quand elle pose son postérieur sur les sièges du Plâtre, on se contente de la servir en lui allumant sa sèche et pour quelques minutes la vie est belle.

Elle lâche les jours qui se démerdent avec le désœuvrement. 

Annie arrive comme une habituée qu'elle est. Le fard des paupières et ses pommettes trop pâles lui donne un air enfariné. Moche et perturbée mais c'est la plus vieille acolyte de cette époque où elles ont fait une croix sur le rêve d'un amour paisible et d'une famille aimante.

 

Il choisit d'entrer à l'instant où la seconde tournée est servie. Il n'est pas affublé de son clébard. Mathilde ne voit plus que lui et elle prie pour qu'il s'attarde un max. Il picole verre après verre mais il n'est pas en maraude d'affection. Il finit par se barrer et aussi vite qu'elle peut Mathilde lui file le train après avoir pris congé promptement du larbin impavide et de la copine perplexe.

Il est entré dans le bar suivant et Mathilde se gèle les miches à attendre dehors puis elle entre à son tour.

 

Claude Brozzoni, l'Abergement de Varey, janvier 2010.  

 

 

  La suite la semaine prochaine

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 20:50

 

 

Une femme s'agite dans l'artère infréquentée. Elle pénètre  dans sa voiture et s'en extirpe à plusieurs reprises.  Le surprenant agissement se met en place petit à petit. Lorsque la porte se referme bruyamment, un clebs se manifeste , s' ébat puis décampe. Inquiétés par le barouf, des groupes de volatiles s'éparpillent sur les toitures.

 

Tout à coup, la femme et la bestiole bondissent sur l'accotement et se laissent absorber par un immeuble. Durant un bref laps de temps la voie respire mais déjà le clébard ressurgit suivi par sa maîtresse. Dans leurs traces un homme suit.

 

La nana est mince, serrée dans une pelisse foncée, en équilibre sur des chaussures trop escarpées. Une écharpe outre-mer navigue sur ses épaules. Dans le bistre terne de l'hiver, l'écarlate de sa lippe et le bleu tapageur de l'écharpe s'en donnent à cœur joie.    

 

L'homme la regarde gambiller . Il est relax. Il se marre de la mater au milieu du macadam, en pleine gymnastique de mise en train, comme quand elle dégage du pieu. Elle aussi elle se fend la gueule. Le cercle rouge de ses badigoinces laisse voir ses chaillotes minuscules. A présent, c'est le clébard qui perturbe les ramiers. Il leur file le train. De loin en loin, il rapplique près du duo en jappant sa joie. Le gars rejoint la fille, lui dit un truc, l'emmène jusqu'à la bagnole, tire la lourde pour qu'elle puisse grimper. D'un mouvement plaisant, elle réunit les bas de son manteau et laisse libre cours à ses jambes. Le mâtin se rue sur le siège arrière. Dans la lueur du matin qui apparaît, le véhicule consent à  rouler jusqu'à destination.

 

C'est à cet instant que Mathilde soulève son postérieur de son siège. Elle regardait la saynète de sa fenêtre qu'elle ouvre . Elle se résout à arranger un peu  sa chevelure poivre et sel, dénoue la natte qui ondule dans son verso, procède à un brossage fastidieux, torsade le paquet sur sa dextre et fixe sur sa tête un chignon saboté. Face au miroir, indécise, elle amorce une grimace. Désagréable situation: ses guibolles sont pesantes, son intérieur navrant. Ça caille un maximum.  Elle est recroquevillée sous un tas de pulls et de maillots qui la rendent très grosse.

 

Les relations de la voisine ne l'ont guère passionnée jusqu'à présent mais ce mec avec son toutou collé aux baskets et son regard aux abonnés absents, l'intrigue.

Le kawa est fait . Mathilde s'en sert un gobelet et revient à la fenêtre. Elle le déguste son arabica. Le mec de l'autre côté de la rue occupe sa place habituelle, un peu caché par des carreaux dégueulasses.

Ça fait quinze jours qu'il est  comme ça, statufié, les quinquets  ailleurs depuis que sa gonzesse s'est tirée. Il pleuvait quand ça s'est produit. Elle était habitée par un courroux sans limites. Elle a sauté dans une voiture et le mec de l'autre côté de la rue est resté une plombe, planté comme un gland à se les geler en reluquant l'angle de la voie par où elle avait mis les voiles.

Mathilde avait eu une décennie pour se convaincre qu'ils n'étaient vraiment pas en harmonie, mais va lui raconter ça alors que depuis qu'elle s'est barrée il est en standby.

 

Quand elle était là c'était le purgatoire mais sa fuite c'est l'enfer pour le gus. Même si elle lui en a fait voir de toutes les couleurs. Elle sortait toujours sans lui. A présent, il aurait le loisir de voir du monde mais il n'a aucune compétence pour la vie sociale. Son univers se restreint au format de son ouverture sur la rue. Il ne reste que Mathilde dont la lourde enveloppe corporelle lui paraît le comble de la lasciveté et auprès de laquelle il pourrait s'assoupir comme un bienheureux lui que le sommeil a fuit depuis une éternité.

Celle qui partageait sa vie a décampé un jour sans crier gare avec sa pelisse et ses bagages sans même laisser un mot.

 

C'était inutile. Des mots , il y en avait eu des tombereaux. Ne restaient que les maux.Depuis il est derrière la fenêtre à observer la zone pour au cas où elle reviendrait. Ce serait l'horreur  mais l'horreur c'est toujours mieux que le tourment. C'est la nuit qu'il exècre le plus le libre choix sans sa femme.

 

Mathilde allume la radio pour s'entendre confirmer ce que son organisme lui raconte : elle est vieille, fatiguée et il fait un temps hivernal. Elle se recouche. Ce matin, c'est pas le sommeil qui la surprend mais le bruit d'une portière que l'on ferme d'une certaine façon suivi d'un sifflement d'appel d'un chien. Elle sait à qui appartiennent la stridulation et l'animal.

 

Claude Brozzoni, l'Abergement de Varey, janvier 2010.  

   

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